mardi 27 janvier 2026

Comme une lettre à la poste, vraiment ?

Permettez-moi aujourd'hui de rendre hommage à Christine Yackx, disparue le 14 décembre 2025 en nous laissant le souvenir d'une érudite qui prenait plaisir à nous raconter les petites histoires de la Grande Histoire. Pour la saluer je vais vous emmener sur ses traces, en nous plongeant dans un petit opuscule qu'elle avait fait paraître en 2009 et qui retraçait l'histoire de la poste à Valenciennes.

Christine Yackx
(photo L'Observateur du Valenciennois)

J'ai donné ce document au CAHVA pour sa bibliothèque

Jusqu'à la fin du XIVe siècle, écrit Christine Yackx, les communes emploient des messagers pour transmettre les lettres officielles envoyées par les prévôts, mayeurs, échevins, jurés mais aussi guildes et corporations. Ainsi, non seulement le duc de Hainaut possède, comme tous les grands seigneurs, ses messagers à pied et à cheval pour sa correspondance, mais la ville de Valenciennes a également son propre messager. Ce fonctionnaire transporte les messages dans une boîte aux armes de la ville ou du seigneur, accrochée à la ceinture, sur la hanche comme une aumônière, ou en bandoulière.

Boîte à messages de Jean Sans Peur, duc de Bourgogne
(photo Musée de Cluny)

Si un seul messager communal ne suffit pas, la ville en emploie d'autres, occasionnels. Christine Yackx a retrouvé leurs noms, "pour le moins originaux" s'amuse-t-elle : "Pierrart Le Roy, Hanin le Noir, Jackemin Escauffe-rue, Jack Borgne-Agache, Nakefaire, Wille de la Motte, Jack Le Villain, Lottin Floket…"

Au XVe siècle, Valenciennes appartient aux ducs de Bourgogne qui, sait-on, possèdent parmi leurs domestiques un messager à cheval et trois messagers à pied. A Valenciennes et alentours, ils parcourent des trajets qui oscillent entre 10 et plus de 100 kilomètres : Saint-Amand, Le Quesnoy, Cambrai, Arras, Tournai, Courtrai, Gand, Bruxelles… sont leurs destinations. Leur rôle n'est pas toujours de porter des missives : "En 1436, Raoul de Wallerand est envoyé à Saint-Omer afin de s'enquérir de “toutes bonnes nouvelles et savoir si les Angles estoient descendus environ“."

Il faut cependant attendre le XVIe siècle pour voir la mise en place d'une réelle organisation, et Valenciennes, par sa position géographique, va tirer son épingle du jeu. Philippe le Beau, père de Charles Quint, crée en mars 1500 les Postes Royales, qui relient la Flandre à l'Espagne. En 1518, François Ier roi de France promet à Charles Quint roi d'Espagne "qu'il pourra faire asseoir par son royaume ses postes et ses chevaucheurs … pour faire courir en diligences ses lettres et pacquets." La ligne postale, détaille Christine Yackx, passe par Hendaye, Bayonne, Bordeaux, Poitiers, Loches, Roye-sur-Hatz (étape), Tillaloy-Liancourt, Fosse, Marche-le-Pot, Péronne, Nurlu, Metz-en-Couture, Cambrai (étape), Haspres, Valenciennes, Quiévrain… Bruxelles, Pays-Bas. Les courriers parcourent cette ligne en quinze jours, trouvant sur leur chemin 106 relais, environ 1 relais toutes les 3 lieues. Sur cette voie, notre ville est ainsi devenue un relais et fait partie prenante du réseau des Postes Royales des Pays-Bas, comme l'indique l'épitaphe de "Jean Boulanger qui tenait en son temps la poste de sa Majesté en Valenciennes et trespassa l'an 1557."

A côté de ces Postes Royales, les messagers ordinaires de la ville s'organisent eux aussi. Ils installent à leur domicile des "boîtes" où les marchands peuvent déposer leur correspondance. Le prix du service est proportionnel au poids et à la distance.

Au XVIIe siècle, sous le règne des archiducs Albert et Isabelle, le maître des Postes Léonard de Tassis entreprend un grand développement dans l'organisation des postes. Les nominations de messagers se multiplient : deux pour Anvers, un pour Arras, un pour Malines, et deux messagers à cheval pour Middelbourg.

Lorsque Valenciennes devient française, en 1678, priorité est donnée à la Ferme Générale des Postes, au détriment des messageries communales. La ville reste cependant un relais important dans le trafic postal de la région, mais l'ancien corps des messagers jurés disparaît peu à peu au profit de la Poste aux chevaux et de la Poste aux lettres. En 1681, Lazare Patin, Fermier général des Postes et Messageries, obtient le monopole du service — ce qui lui donne le droit de fouiller les voyageurs des coches, carrosses, voitures… pour s'assurer qu'ils ne transportent pas de courrier en fraude ! A Valenciennes, c'est le sieur Hennon qui est le directeur du bureau, au 69 de la rue de Cambray (aujourd'hui rue de Famars).

L'époque est encore pauvre en marques postales. On indique sur la lettre même le prix demandé pour le port, qui est toujours réglé par le destinataire — une façon d'être sûr que la lettre arrive ! Les petits cachets à main font leur apparition d'abord dans quelques villes "belges", Courtrai, Mons, Tournai, avant de se généraliser au siècle suivant.

Au passage, Christine Yackx ne manque pas de noter une particularité toute valenciennoise : ce sont les messagers qui, en ville, organisent la procession annuelle du Saint-Cordon, jusqu'à la Révolution.

En 1738, Valenciennes est obligée de se plier à la requête d'un prince bruxellois pour que le courrier de Paris lui arrive plus vite. Ce courrier arrive le soir aux portes de notre ville, il faut désormais qu'il poursuive sa route de nuit. On construit donc une écurie pour l'échange des chevaux, des ponts pour passer l'Escaut sans danger, et on organise le travail pour tenir compte que les portes de la ville sont fermées donc éviter au messager d'entrer : "A la porte Cardon, intra-muros, le Directeur attendra le paquet qu'on lui passera par le secours d'une corde et le messager pourra poursuivre sa course vers Bruxelles." Et Christine Yackx précise qu'on retrouve dans les comptes de la ville les dépenses occasionnées par l'usure des cordes !

En 1756, le Directeur est le sieur Sohier, qui habite rue Capron. "C'était là que se trouvait, ayant succédé à de nobles familles, la Poste aux chevaux, dite Cour de France. Elle communiquait avec la place Notre-Dame (actuelle place du 8 mai 45). Les écuries pouvaient abriter une soixantaine de chevaux." Il s'agit, indique Christine Yackx, de l'actuel n° 25 de la rue Capron. La Poste aux chevaux restera là jusqu'en 1793.

25 rue Capron à Valenciennes
(photo personnelle)

Administrativement séparées jusqu'alors, la Poste aux chevaux et la Poste aux lettres sont réunies en 1787, placées "sous les soins du Commissaire des Postes nommé par le Roi." Avec la Révolution apparaît la division de la France en départements, d'où la réorganisation du courrier : une catégorie pour les départs de Paris, une autre catégorie pour les échanges entre villes de province. Les Directeurs et Contrôleurs des Postes sont désormais élus, et une Commission des Transports, Postes et Messageries voit le jour. Les Maîtres de Poste perdent tous leurs privilèges. De nombreux relais ferment. Il faut attendre l'Empire pour que les Postes retrouvent une activité normale.

Ici Christine Yackx ne manque pas de raconter l'épopée du comte de La Valette, qui fut le premier Général des Postes de Napoléon. Lorsqu'il doit fuir le pays, après Waterloo, pour échapper à une condamnation à mort, il vivra des heures angoissantes à Valenciennes puis à la frontière, de peur d'être reconnu et arrêté. De nombreux auteurs se sont régalés de cette histoire palpitante !

Entre temps, la Poste aux chevaux a été transférée du 25 de la rue Capron au 20 de la même rue, dans ce qu'on appelle l'Hôtel des Sémériennes, et y restera jusqu'en 1885.

20 rue Capron, cour de la Poste aux chevaux
(image Bibliothèque municipale de Valenciennes)

La Poste aux lettres, elle, ne cesse de déménager : rue Derrière les murs de Bavay, rue des Tanneurs, place Notre-Dame, trois adresses en cinq ans ! Les jours pairs, les courriers partent vers telles destinations, les jours impairs, vers telles autres. "Les lettres doivent être mises à la boëte posée sur la Grand Place avec 6 heures du soir et à la boëte du bureau des Postes avant 7 heures." Les correspondances sont surveillées, surtout celles des émigrés.

Arrive le XIXe siècle et son cortège de progrès : l'invention du télégraphe, la création du timbre-poste (1849), le développement du chemin de fer qui provoque la disparition de la Poste aux chevaux. La Poste aux lettres, au contraire, connaît une forte expansion. Le courrier est dorénavant distribué en ville deux fois par jour ; les personnes inscrites pour une boîte peuvent retirer leur courrier au bureau (qui continue de déménager sans cesse). Les lettres sont frappées d'un cachet indiquant la date du jour où elles doivent être remises. Les tournées de distribution se multiplient avec l'agrandissement des faubourgs. Un premier réseau téléphonique est mis en place en 1890.

L'une des nombreuses adresses de la Poste à Valenciennes : rue de la Viewarde
(image Bibliothèque municipale de Valenciennes)

En 1914, s'ouvre une grande discussion sur la construction d'un nouveau bureau. C'est l'administration des Postes qui l'occupera mais c'est la municipalité qui le paiera. On imagine les négociations ! "Le 10 juillet 1914, écrit Christine Yackx, le Conseil municipal se réunit pour discuter des propositions du Directeur des PTT du Nord au sujet du bail de l'Hôtel des Postes qui sera, finalement, édifié place du Marché aux Poissons. L'État le prendra à bail pendant 35 ans." Mais la guerre éclate, et tout est remis en question.

Au début de la guerre, Valenciennes étant occupée par l'ennemi, le président de la Chambre de Commerce, Jules Turbot, obtient l'autorisation d'établir un service de courrier pour les communes de l'arrondissement, et d'émettre un timbre qui lui était propre, dont la durée de vie n'excéda pas quelques semaines et qui aujourd'hui est couvé comme l'or par les collectionneurs. J'ai raconté l'histoire de ce timbre dans mon chapitre "Qui sont ces timbrés de la vignette postale ?" posté en février 2020.

Le timbre éphémère de la Chambre de Commerce de Valenciennes
(image postalstories.org)

Sortie de l'enfer, Valenciennes se penche à nouveau sur la construction de son Hôtel des Postes. Non sans soulever une polémique comme la ville sait les provoquer… En 1929, en effet, l'administration des Postes propose de démolir l'Hôtel du Commerce pour le remplacer par le nouveau bureau de Postes.

L'Hôtel du Commerce à Valenciennes
(image Bibliothèque municipale de Valenciennes)

Le Cercle Historique proteste énergiquement, souhaitant préserver "la façade de cet hôtel de très pur style Empire, avec ses colonnes et ses chapiteaux corinthiens, sa frise remarquable, oeuvre du sculpteur Cadet de Beaupré." Cette belle maison, construite en 1806, est également défendue par le Syndicat d'Initiative et la Société de Géographie. Même le Préfet tente de faire classer le bel hôtel, en vain. En 1932, il disparaît et laisse place au nouveau bureau de Poste. Il sera ensuite agrandi pour englober la gare des tramways, le tout inauguré en 1960.

Derrière l'Hôtel du Commerce, la gare des tramways
(image Bibliothèque municipale de Valenciennes)

Le bâtiment des Postes de 1932
(image Bibliothèque municipale de Valenciennes)

Notre hôtel des Postes
(image clubcpdv.fr)

Nos messages à Christine Yackx sont aujourd'hui ceux du souvenir et de la reconnaissance. Ils n'ont pas besoin de la Poste pour lui être adressés.

samedi 3 janvier 2026

Qui est dieu ici bas ?

François-Joseph Benoist (1756-1833) est maire de Valenciennes de 1802 à 1822, avec une interruption de quelques mois en 1815 où il est alors remplacé par le baron de Maingoval. Dans les registres des délibérations du Conseil municipal, "Benoist aîné", ainsi qu'il signe chaque compte rendu de séance, n'hésite pas à donner dans la grandiloquence lorsqu'il s'agit de saluer les grands de son monde. Avec, en temps opportun, des retournements de veste qu'il effectue sans aucune vergogne.

(Archives municipales de Valenciennes)

Le 28 août 1804 (8 fructidor an 12), le Conseil municipal apprend "le prochain passage en cette commune" de l'Empereur Napoléon Ier. Il décide aussitôt de présenter à Sa Majesté une "pétition" présentant plusieurs réclamations, en terminant la lettre par cette demande : "La dernière grâce et la plus précieuse de toutes celles que nous supplions instamment Votre Majesté de nous accorder, c'est le don de son portrait pour être placé dans la grande salle de l'hôtel de notre ville. Si la reconnaissance pouvait jamais s'affaiblir dans le coeur de nos neveux, l'image du grand homme qui a sauvé la France leur en retracera sans cesse l'obligation sacrée."

Napoléon Ier par François Gérard
(image extraite de Wikipédia)

À la date du 1er septembre (14 fructidor) on trouve le compte rendu de cette visite expresse, où il semble que Napoléon ne soit même pas descendu de voiture. "En conséquence de plusieurs avis de Monsieur le préfet (il s'agit de Christophe Dieudonné, 1757-1805) sur des lettres de son excellence le Ministre de l'intérieur (qui est à cette époque Jean-Baptiste de Nompère de Champagny, 1756-1834) annonçant le prochain passage de Sa Majesté par cette ville, […] il fut ordonné de sabler, tapisser ou orner de feuillages les rues de son passage. On prépara des illuminations, un bal très brillant, espérant que Sa Majesté s'arrêterait quelques moments."

Jean-Baptiste de Nompère de Champagny, duc de Cadore 
par Antoine Jean Joseph Ansiaux
(image extraite du site napoleon-empire.org)

Le compte rendu note que son grand Chambellan (Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, 1754-1838) passa la veille au matin, suivi du grand Ecuyer (Armand Augustin Louis marquis de Caulaincourt, 1773-1827) qui arriva dans la nuit.

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord
par Pierre Paul Prud'hon
(image extraite de Wikipédia)

Caulaincourt par François Gérard
(image extraite de Wikipédia)

Au jour J, dès 9 heures du matin, tout le Conseil est sur le pont ! Ces messieurs attendent leur majestueux visiteur sous une tente "vaste et magnifique", près d'un arc triomphal construit "sur les hauteurs de la porte Notre Dame". Le visiteur arrive vers 3 heures de l'après-midi, dans l'enthousiasme général de "l'immensité des habitants réunis et empressés autour de sa personne pour jouir de la vue du plus grand homme d'Europe. L'air retentissait des cris de Vive Bonaparte, Vive Napoléon". Le maire Benoist présente au grand homme "la Clef d'or [de la ville] dans un plat d'argent" ainsi, bien sûr, que la pétition préparée en conseil municipal quelques jours auparavant.

Hélas "Sa Majesté exprima au maire son regret de ne pouvoir s'arrêter… Elle était attendue depuis plusieurs jours à Aix la Chapelle par les Ministres plénipotentiaires de diverses puissances de l'Europe" (et surtout, il voulait voir s'il ne pourrait pas se faire sacrer Empereur sur les lieux mêmes où Charlemagne le fut). Voilà donc Napoléon reparti, escorté par une garde à cheval jusqu'à Quiévrain. La fête cependant se déroula comme prévu, "le Maire ordonnant l'illumination générale de la ville qui eut lieu pendant toute la nuit, ainsi que le bal qui fut très brillant." D'ailleurs, pas rancunier, Benoist aîné décrète le 30 septembre que "la place Neuve serait nommée place de Napoléon".

Un an plus tard, le 6 septembre 1805 (19 fructidor an 13), le maire Benoist aîné espère la visite du frère de Napoléon, le Prince Louis, connétable, parce qu'on est "à la veille de la Kermès de cette ville" et que le connétable l'a promis.

Le Prince Louis en 1808, roi de Hollande
par Charles Howard Hodges
(image extraite de Wikipédia)

Monsieur le Préfet Dieudonné ayant donné son accord sur la dépense à prévoir, le maire envoie une députation chez le prince pour "l'inviter à faire à cette ville l'honneur d'y venir mardi prochain". Tout un programme est préparé : un spectacle "convenable à cet heureux moment", un souper, un bal, l'illumination de l'hôtel de ville, et celle de la façade des maisons par les habitants. On ne trouve pas trace dans les registres de cette visite qui n'a pas dû avoir lieu.

En 1808, vient l'affaire de la statue de l'Empereur. Hector Sonolet, directeur du musée de Carrare, envoie aux maires des communes de l'Empire français un petit catalogue énumérant toutes les représentations de l'Empereur en bustes ou en statues qu'il leur plairait de lui commander "pour la décoration des communes". Les prix s'échelonnent de 20.000 francs pour une statue en pied "colossale", à 500 francs pour un buste "de petite proportion". C'est qu'il en faut pour tous les goûts et tous les budgets !

L'un des modèles de buste de Napoléon, d'après Chaudet
(image extraite du site anticstore.com)

La délibération du 2 mai 1808 écrit : "Le Conseil, pénétré de reconnaissance et d'admiration pour la personne auguste de Sa Majesté l'Empereur et Roi (d'Italie), a voté par acclamation spontanée, l'érection de sa statue en pied de grande proportion pour être exécutée en marbre de Carrara et élevée sur la place d'Armes de cette ville." Vingt mille francs vont être alloués à cette dépense : 12.000 pour la statue, 8.000 pour le piédestal et les accessoires. Monsieur le Préfet du département (le Général de division François René Jean de Pommereul, 1745-1823), sollicité, doit donner son accord. Mais voilà qu'il vient d'apprendre que Sonolet ne peut plus envoyer la moindre oeuvre à cause du grand nombre de demandes "d'étrangers" qu'il a reçues : il faut attendre que les Français aient fait connaître leur intention d'en commander ou pas. Ah, l'administration !

Le Préfet François de Pommereul
(image extraite de Wikipédia)

Mais qu'importe pour Benoist aîné et son Conseil. Si le marbre devra bien venir de Carrare, le Conseil "manifeste le désir que cette statue soit faite par Mr Milhomme (François Dominique Aimé Milhomme, 1758-1823) citoyen de cette ville qui a remporté à Paris le Grand prix de sculpture et a été par suite envoyé à Rome par le Gouvernement à l'Académie impériale."

Portrait de Milhomme par Charles Crauk
(image extraite de Webmuseo)

Il semblerait qu'en définitive, Pommereul n'ait pas donné son accord sur cette dépense faramineuse. Aucune statue de Napoléon n'a été installée place d'Armes à Valenciennes.

Mais une nouvelle visite impériale s'annonce ! Le Ministre de l'intérieur (Jean Pierre Bachasson comte de Montalivert, 1766-1823) informe Benoist aîné que leurs Majestés impériales et royales (Napoléon et Marie-Louise) passeront à Valenciennes le 29 avril 1810, devant coucher à Cambrai le 28. Ni une ni deux, le maire sollicite une audience pour "leur demander pour Valenciennes la faveur de les y posséder au moins quelques instants". C'est d'accord, lui répond-on, pour un déjeuner.

Bachasson par Jean-Baptiste Régnault
(image extraite du site napoleon-empire.org)

"Leurs Majestés rendues à 11 heures chez Madame Fizeaux (Monsieur est fabricant de batiste) où on avait tout préparé", le maire, le président du tribunal de commerce (Pierre Carez, fabricant de batiste) et le directeur du Génie (Anne Pierre Nicolas de Lapisse, 1773-1850) "eurent l'honneur d'être admis pendant que Leurs Majestés déjeunaient." En point d'orgue de cette réception, 25 jeunes demoiselles présentées par le maire et accompagnées de Madame Fizeaux "offrirent à Leurs Majestés les produits de l'industrie de la ville dans des corbeilles contenant des batistes et dentelles".

Au mois de mai suivant, encore enivré de l'honneur d'avoir côtoyé l'Empereur, Benoist aîné décide que la place Notre Dame prendrait le nom de place Impériale. "C'est effectivement en ce lieu qu'un arc de triomphe fut érigé en l'honneur de Sa Majesté impériale et royale Napoléon. Il m'a paru qu'on ne pouvait mieux consacrer cette circonstance mémorable qu'en donnant à cette place un nom qui la rappelle".

On sait que, peu à peu, le ciel s'assombrit pour Napoléon. Benoist aîné veut pourtant marquer sa fidélité à son Empereur. Le 13 octobre 1813, il fait envoyer un message à Marie-Louise, impératrice-régente, pour lui transmettre "l'hommage respectueux des habitants de Valenciennes, l'expression de leur dévouement pour l'immortel héros qui nous gouverne, son auguste épouse, pour Sa Majesté le Roi de Rome et ses voeux pour le triomphe de nos armées." Je vous invite à lire ce message, avant de passer à l'année suivante :

"Madame, Les ennemis de la France persistent donc à repousser l'olivier de la paix qui leur a été généreusement offert ! Ils croient sans doute que les éléments qui ont tant favorisé leurs efforts et ajouté à leur puissance, ont épuisé nos ressources et détruit notre énergie ! Comment peuvent-ils méconnaître l'attachement que les Français ont toujours voué à leurs souverains et leur aversion pour tout ce qui pourrait ternir leur gloire ? Ah que leur erreur est grande ! Notre courage augmentera avec les difficultés et aucune privation ne nous coûtera pour parvenir à une paix autant honorable pour le héros qui nous gouverne et qui la désire que propre à procurer un bonheur durable à ce vaste empire. La ville de Valenciennes vivement pénétrée de ces sentiments nous charge, Madame, de l'honorable mission de nous présenter aux pieds du trône de Votre Majesté et d'y déposer l'humble assurance de son hommage respectueux et de son amour pour Sa Majesté l'Empereur et Roi, pour votre auguste personne et pour Sa Majesté le Roi de Rome, et qu'elle sera sans cesse prête à faire tous les sacrifices possibles pour obtenir cette paix tant désirée ou à repousser et à vaincre nos ennemis."

Et maintenant, le 28 avril 1814 :

"Le Maire, les Adjoints et le Conseil Municipal de la ville de Valenciennes

À Sa Majesté Louis XVIII Roi de France & de Navarre.

Sire, Les habitants de Valenciennes dont nous sommes les organes, partageant l'ivresse de toute la France, nous envoient vers Votre Majesté pour déposer à ses pieds l'hommage de leur respect, de leur dévouement et de leur soumission."

Louis XVIII (1755-1824)
par Jean-Baptiste Louis Gros
(image extraite du site histoire-image.org)

Oui, après l'abdication de Napoléon, c'est Louis XVIII qui monte sur le trône, le 6 avril 1814. Benoist aîné prend l'initiative d'envoyer une députation à Paris "pour présenter à Sa Majesté l'hommage des sentiments respectueux de la ville de Valenciennes." Son message est stupéfiant de veulerie - ou d'hypocrisie ? Voyez plutôt :

"Vingt années et plus de souffrance n'ont pu leur faire oublier (aux Valenciennois) combien ils étaient heureux sous le gouvernement paternel des Bourbons. Que de maux en effet les ont affligés pendant votre absence. […] Le retour de votre Majesté tant désirée dans ses états est le précurseur de la félicité publique. C'est le retour d'un tendre père au milieu de ses enfants, héritier des vertus de votre auguste frère Louis XVI. […] Aussi les Valenciennois justement pénétrés du plus saint des devoirs chériront en vous, Sire, leur libérateur. […] Tous ne cessent de répéter ce cri d'allégresse qui retentit d'un bout de la France à l'autre, Vive Louis XVIII, Vive notre père, Vive la famille des Bourbons."

Le 2 août 1814, le duc de Berry (Charles Ferdinand d'Artois, 1778-1820) séjourne à Valenciennes. C'est le fils du futur Charles X.

Le duc de Berry par François Gérard
(image extraite de Wikipédia)

À nouveau les compliments pleuvent sur "son Altesse Royale" : "L'arrivée dans nos murs de son Altesse Royale Mgr le Duc de Berry a procuré aux habitants de Valenciennes la douce satisfaction de pouvoir manifester les sentiments qui les animent envers les augustes descendants d'Henry IV. On s'est convaincu par leur enthousiasme que nos coeurs longtemps comprimés par la douleur avaient besoin d'épancher les sensations délicieuses qu'ils éprouvent depuis que la providence nous a rendu les Bourbons."

Le programme des festivités est conforme à la tradition : garde d'honneur à cheval, grand bal dans la salle de spectacle, illumination générale, décoration des rues par lesquelles le prince devait passer. Le compte rendu inséré dans le registre des délibérations donne mille détails sur l'événement, par exemple que le prince "entra au bruit des fanfares et des salves d'artillerie" et que "son cortège était embelli par la brillante troupe de Mr Franconi qui se trouvait en cette ville."

Antonio Franconi, 1737-1836, artiste de cirque
par Paul Haynon
(image extraite du site apll-lachaise.net)

C'est à nouveau Madame Fizeaux qui reçoit en son hôtel particulier le royal visiteur. Le duc de Trévise accompagne le prince en sa qualité de Maréchal Gouverneur de la division, et tous deux reçoivent en audience les autorités civiles et militaires, le clergé et les professeurs du collège !

Adolphe Edouard Casimir Joseph Mortier,
duc de Trévise, 1768-1835
(image extraite de Wikipédia)

Après ces obligations, le prince se rend avec plaisir à la fête organisée en son honneur où il est reçu avec des acclamations, dit le compte rendu, "Vive le Roi, Vive Mgr le duc de Berry". Il danse, il salue toutes les dames, et se dit très satisfait lorsqu'il se retire dans son hôtel vers onze heures. Le lendemain, six heures du matin, visite des fortifications, revue de garnison, manoeuvres. Puis départ pour Le Quesnoy, Landrecies, Avesnes, Maubeuge et Douai. Retour à dix heures du soir à Valenciennes tout illuminée. "En témoignage de la satisfaction que lui ont fait éprouver l'amour et le dévouement des habitants de Valenciennes et pour récompenser de longs et dévoués services, Son Altesse Royale décora Mr le Maire de la croix de la Légion" et Benoist aîné de signer le compte rendu : Maire de Valenciennes, Membre de la Légion d'honneur !

Patatras, le 20 mars 1815 : retour de l'Empereur. Benoist aîné avale la couleuvre sans broncher. Le 26 mars, le Conseil est convoqué pour décider de la "publicité" qui sera faite à cet événement, "nouvelle preuve de la force de son génie et de son caractère (on parle de Napoléon)" pour que le public "puisse se livrer à la joie et donner des témoignages éclatants de sa satisfaction." Le maire invite les habitants à arborer le drapeau tricolore sur leur maison et à porter la cocarde ; et le Conseil décide que, en accord avec le Général commandant d'armes (Louis Emmanuel Rey, 1768-1846), les officiers et détachements de chaque corps se joindraient en défilé au corps municipal pour la lecture publique de la proclamation de Napoléon au peuple français.

Emmanuel Rey par Forestier
(image extraite de Wikipédia)

Dans la foulée, le 22 avril suivant, Benoist aîné, tout son Conseil municipal, le commissaire de police et ses agents, prêtent solennellement serment de fidélité : "Je jure obéissance aux lois de constitution de l'Empire et fidélité à l'Empereur". Seul Dinaux, adjoint au maire, a refusé de prêter ce serment.

Mais Waterloo déroule sa morne plaine, et le 19 juillet le maire (pour quelques semaines Louis François Merlin d'Estreux, baron de Maingoval, 1753-1824) donne lecture d'une lettre du Gouverneur Rey, avec ordre d'arborer le drapeau blanc et de porter la cocarde blanche. Le baron ajoute cette touche, parce que la ville est assiégée par les Anglais : "De l'union dépend le bonheur de la nation et celui de chaque individu : tous les discours et toutes les actions doivent tendre à ce but." Il parle bien sûr de l'union au roi Louis XVIII.

Un roi qui, le 30 juillet 1815, rend à Benoist aîné sa fonction de maire, ainsi qu'à tous les membres du Conseil municipal. Tout à son bonheur, Benoist organise une grande cérémonie pour informer les habitants de la bonne nouvelle, "un acte de l'autorité de la justice et la bonté toute paternelle du plus grand des monarques". Il exulte de voir se joindre à son initiative le Lieutenant général Rey Gouverneur de cette ville, le général St Martin de son état major (Jean Etienne de Saint-Martin, 1762-1828), le général baron Dellard (Jean Pierre Dellard, 1774-1832) commandant la place, les membres des tribunaux civils et de commerce, les juges de paix et tout le public qui se portait "sur la grande place". Vive le roi, Vive les Bourbons, Vive la famille royale ! Un Te Deum est célébré à Saint-Géry "en action de grâce de cet événement heureux qui nous a rendu notre souverain légitime". Enfin on nomme une commission de cinq membres pour rédiger "un projet d'adresse qui renforce les sentiments dont les habitants de cette ville sont vivement pénétrés."

Le Général Baron Dellard
(image extraite du site bertrand-malvaux.com)

Conclusion du maire : "Ce jour mémorable qui voit s'anéantir pour toujours le despotisme qui opprimait les Français est le précurseur de la félicité dont cette ville va jouir. Tous les habitants sans distinction du riche au pauvre ont manifesté leur joie, leur contentement fort avant dans la nuit par une illumination brillante et générale, par des promenades et des cris d'allégresse en ne cessant de répéter cet air chéri de Vive Henry IV, lui donnant pour refrain Vive le Roi, Vivent les Bourbons."

Retournez au début de mon article, et relisez ce qu'il disait du "plus grand homme d'Europe", de "l'homme qui a sauvé la France", de "l'immortel héros qui nous gouverne". Benoist aîné n'a jamais eu peur de s'étrangler, ni de craquer sa veste en la retournant sans cesse.

mercredi 24 décembre 2025

Qui est ce “bey d'Egypte“ pourtant né à Valenciennes ?

En 1849, à la demande de la Société d'agriculture de Valenciennes — qui veut à l'époque se constituer sa “galerie des hommes illustres“ — le sculpteur Henri Lemaire réalise le buste de Charles Lambert, dit Lambert bey. Qui donc est ce personnage ?

(Webmuseo)

(Archives départementales du Nord, état-civil de Valenciennes)

Charles Joseph Lambert est né à Valenciennes le 2 mai 1804 (12 Floréal an 12), fils de Jean Lambert, marchand de toilettes (de linon, de batiste) au 131 rue de Cambrai (qui deviendra la rue de Famars), et d'Agnès Braconnier. La famille est originaire d'Aubry-du-Hainaut, où les Lambert sont, de génération en génération, “ouvriers du bois“.

On retrouve tous les Lambert-Braconnier dans la même maison au fil des recensements jusqu'en 1823, où l'on constate que le logement contient alors deux familles, celle de Jean et Agnès, et celle de leur fille Célestine, qui a épousé Joseph Daigremont, militaire de son état :

Recensement de 1823, 131 rue de Famars
(Archives municipales de Valenciennes)

Charles avait en effet trois soeurs, Narcisse, Sophie et Célestine, et un frère, Constant.

Les Lambert ne sont plus à Valenciennes en 1831, et Geneanet m'apprend qu'en effet Jean et Agnès sont tous deux décédés à Paris, lui en 1827, elle en 1834.

Selon le dictionnaire "Le Maitron" (maitron.fr, article de Philippe Régnier), le père de Charles fut "un petit commerçant ruiné, semble-t-il, et devenu domestique". L'auteur poursuit : "Charles Lambert, boursier de la ville de Valenciennes, fit ses études secondaires dans cette ville et à Douai, puis entra à Polytechnique en 1822 et aux Mines en 1824." Son premier poste d'ingénieur le conduit en Bretagne, à Rennes. Et dès 1829, il fréquente le cercle saint-simonien, qui fera de lui ce qu'il va devenir…

Je ne peux pas ici expliquer ce qu'est le saint-simonisme, cela nous emmènerait dans des contrées trop éloignées de mon sujet. Un Polytechnicien contemporain, Jean-Pierre Callot, en donne cette définition résumée : "elle (la doctrine) avait pour objet de transformer la société en adaptant l'Etat aux nécessités de l'industrie. […] Les emplois et les richesses devaient être distribués selon la formule “A chacun selon ses capacités, à chaque capacité selon ses oeuvres“." 

Après la mort de son fondateur en 1825, cette doctrine aurait pu disparaître n'eût été le vif intérêt que lui porta très tôt Prosper Enfantin, considéré aujourd'hui comme le porte-flambeau du saint-simonisme (et qui, lui, eut un père qui fit faillite et fut ruiné).

Prosper Enfantin en 1832
(Wikipedia)

Il est en tout cas le “chef“ de ce cercle que fréquente Charles Lambert à partir de 1829, un chef auquel il va rester fidèle en dépit de toutes les vicissitudes vécues au sein même du groupe. Vers 1830, rapporte Jean-Pierre Callot, "le saint-simonisme se transforma d'un mouvement philosophique en secte religieuse." On appelle Enfantin “Le Père“. Un “Collège“ de seize membres, parmi lesquels Lambert, forme le clergé et porte un uniforme dessiné par le chef. Les groupes de province sont organisés en “églises“ …

Tunique bleue, pantalon blanc, gilet blanc bordé de rouge, ceinture de cuir noir,
écharpe et toque rouge : l'uniforme saint-simonien
(Wikipedia)

En 1833, Enfantin décide de s'intéresser à l'Egypte et part à Alexandrie, accompagné de nombreux disciples parmi lesquels, à nouveau, Charles Lambert. Jean-Pierre Callot raconte : "Enfantin révéla à Mehemet Ali (le pacha vice-roi d'Egypte) quel était le grand dessein qui l'avait amené en Egypte : le percement de l'isthme de Suez. Le vice-roi fut vivement intéressé ; mais il avait deux autres projets en tête : la construction d'un chemin de fer […] et l'édification d'un grand barrage sur le Nil ; finalement, il décida qu'on ferait le barrage."

Mehemet-Ali en 1840
(Herodote.net)

L'équipe saint-simonienne est choisie pour mener le chantier, mais l'humeur du pacha est versatile, et Enfantin doit quitter le pays en 1836, après que la peste a décimé l'équipe. Lambert, lui, reste. Dans le "Bulletin de la Sabix" édité par l'école Polytechnique, Michel Levallois écrit en 2004 : "Le premier et le plus remarquable des coopérants militants emmenés par Enfantin est le polytechnicien et ingénieur des Mines, Charles Lambert (1802-1864). Il a accompli toute sa carrière dans ce pays où il est resté vingt ans […]. Il créa l'École des mines qu'il dirigea de 1836 à 1840, puis l'École polytechnique de Boulaq (un quartier du Caire) qu'il dirigea de 1840 à 1849. […] Membre du conseil supérieur de l'Instruction publique, Lambert a participé à l'élaboration de toutes les réformes du système scolaire en étroite liaison avec le ministre Ethem bey. Il a assumé également de multiples expertises techniques. Le bilan qu'il a dressé en 1849 des travaux qu'il a menés et auxquels il a prêté son concours sous le règne de Méhémet-Ali est éloquent : barrage du Nil, chemin de fer et canal de Suez, irrigation, mines, topographie et cartes, organisation des travaux publics, programmes et inspection des écoles, Observatoire, Poudres et Salpêtres, fabriques de papiers et d'indiennes, voirie, ponts et chaussées, distribution des eaux du Caire."

Charles Lambert bey
(Bibliothèque de l'Institut)

Ses services furent récompensés par le titre de “bey“ en 1847 (titre décerné aux hauts fonctionnaires), d'où le nouveau nom qu'il adopta : Lambert bey.

S'il est resté en Egypte pour travailler et donner une réalité aux principes du saint-simonisme, Charles Lambert y a aussi trouvé une liberté débridée dans sa vie privée. Il se déclarait, écrit le dictionnaire Le Maitron, "partisan de la multiplicité de préférence" — il parlait en l'occurrence des femmes. En Egypte, il fut l'amant de Suzanne Voilquin (saint-simonienne) puis de Judith Grégoire, avec qui il eut une fille (Aline Prospère Pénélope). Il eut aussi un fils, Saïd Youssef Prosper Lambert, avec une Egyptienne, Mariam Sabikha — laquelle avait une soeur, Anéné Sabikha, qui eut elle-même une fille avec Michel Bruneau, saint-simonien et membre de l'équipe emmenée par Enfantin. Cette fille, Pauline Bruneau, épousa Lambert en 1844 ; ils eurent ensemble une fille, Safiya Sophie Agnès Célestine Lambert, qui mourut à Paris en 1856 à l'âge de 9 ans. Le fils aîné, né en 1838, devenu horloger-bijoutier au Caire, eut sur place une descendance connue jusqu'à l'époque de Nasser.

Charles Lambert bey photographié par Maxime du Camp
(Gallica)

En 1851, Charles Lambert rentre définitivement à Paris. Il devient conservateur des archives du mouvement saint-simonien, et consacre son temps à l'étude de questions philosophiques. En 1861, il participe à la création d'une société d'assistance mutuelle en faveur des disciples et sympathisants du mouvement, et y contribue financièrement.

Il décède en 1864. Le 15 février, il est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris, une cérémonie à laquelle assiste Gustave Flaubert. Sa chapelle contient un vitrail qui le représente.

(photo Pierre Giard)

Notre musée garde aujourd'hui dans ses réserves son buste sculpté par Henri Lemaire. Pour autant, Valenciennes n'aura guère profité de ses lumières, ni de son pragmatisme.