mercredi 24 juin 2020

Qui est ce cordonnier qui trouva au Québec chaussure à son pied ?

Quelque temps avant de nous quitter pour d’autres cieux, Vincent Hadot, alors directeur du Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, présenta une conférence intitulée « André Poutré : l’histoire d’un Valenciennois parti “bâtir pays” en Nouvelle-France au XVIIe siècle »[1]. Le public venu l’écouter étant à l’époque assez clairsemé, j’ai plaisir à donner une seconde chance à cette histoire – et à Poutré de sortir de l’anonymat – en la racontant à mon tour.

 

André Poutré était soldat. Il était né à Valenciennes, paroisse Saint-Géry, baptisé « le dernier novembre » (le 30) 1636 (et non 1639[2]), fils de Pierre Boutrez cordonnier et de Philippe (ou Philipotte) Waroquiez.


(Archives départementales du Nord, état-civil de Valenciennes)
 « Le dernier novembre André fils de Pierre Boutrez et Philipotte Waroquiez ». 

 

On ne connaît la vie de ce Valenciennois que parce qu’il a quitté Valenciennes, vers l’âge de vingt ans, pour entrer dans le régiment de Salières qui, en 1658, fusionne avec le régiment de Carignan. Ces messieurs, marquis de Salières et prince de Savoie-Carignan, étaient des officiers qui guerroyèrent notamment en Italie sous le règne de Louis XIII. C’est Salières qui, après la fusion, prit le commandement du nouveau régiment, nommé Carignan-Salières en 1665. Ce régiment était cantonné en 1663 à Marsal en Lorraine : c’est le pays d’origine de Vincent Hadot, ceci expliquant pourquoi notre directeur de musée s’est intéressé au sujet.

Et c’est de Marsal que 1.300 hommes vont partir, en janvier 1665, d’abord à pied jusqu’à La Rochelle puis en bateau, partir pour le nouveau monde, pour ce qui s’appelle alors la « Nouvelle-France ».

 

Officier portant les couleurs du régiment de Carignan-Salières
(image extraite de Wikipédia)


Il y a plus d’un siècle déjà que les Français ont posé le pied sur ce territoire, exploré d’abord par Verrazano en 1524, sur ordre de François Ier. Ce même roi envoie ensuite Jacques Cartier, qui descend le fleuve Saint-Laurent, baptise le mont et la ville de Montréal, fonde en 1541 le premier véritable établissement français, Charlesbourg-Royal. François Ier abandonne les tentatives de colonisation lorsqu’il comprend que le Canada ne lui procurera ni or ni pierres précieuses… Ce n’est qu’en 1605 que Champlain, soutenu maintenant par Henri IV, va fonder la première colonie française permanente à Port-Royal, puis la ville de Québec en 1608. Mais les Français ont du mal à développer leurs campements : les hivers sont rudes, et les Iroquois ont l’art de harceler ces envahisseurs. En 1642, Montréal ne compte que 240 habitants, en 1660 seulement 2000.

Louis XIV va prendre les choses en main. En 1660, il installe en Nouvelle-France un gouvernement royal. Il nomme un gouverneur, François de Montmorency-Laval (qui est aussi l’évêque) et un intendant, Jean Talon, qui se trouve être alors l’intendant du Hainaut depuis 1655.

(Je dois ici inviter mes lecteurs à consulter les commentaires, notés à la suite de l'article).

 

(images extraites de Wikipédia)

  

Ils prennent une décision fondatrice : celle d’instituer une politique de peuplement. Dans le même temps, ils doivent absolument pacifier le territoire en mettant un terme aux attaques des Iroquois. Pour le peuplement, Louis XIV va envoyer des jeunes femmes – on les appellera plus tard les « Filles du Roy » ; pour la paix, il envoie des soldats : notre régiment Carignan- Salières, quinze compagnies auxquelles on en rajoute cinq autres, en tout 1.300 hommes.

 

André Poutré est donc l’un d’eux. Comme tous les soldats de l’époque, il porte un surnom : on l’appelle Poutré dit Lavigne. Il fait partie de la compagnie Sorel, commandée par Pierre de Sorel (ou Saurel). Le voilà parti pour la grande aventure : le 31 mai 1665, il embarque à La Rochelle pour trois mois de traversée sur le navire « La Paix », l’une des sept frégates qui font le voyage entre avril et juin 1665.


C'est sur ce genre de navire qu'on traversait l'Atlantique au XVIIe siècle
(image de "l'Album dit de Colbert", extraite du site racontemoilhistoire.com)
 

La compagnie Sorel arrive en Nouvelle-France le 19 août. Aussitôt les soldats sont envoyés construire le Fort Richelieu, au nord de Montréal, le premier d’une série d’ouvrages destinés à sécuriser le fleuve Saint-Laurent. 

Illustration de Francis Back
(image extraite du site ici.radio-canada.ca)


L’historien Samuel Venière[3] décrit ainsi les nouveaux venus : "Leur uniforme est inspiré de la dernière mode européenne : par-dessus la culotte et la veste de laine, ils portent un manteau ample qui leur descend jusqu'aux genoux : le justaucorps. Un large chapeau complète l'ensemble. Le régiment de Carignan-Salières est d'ailleurs un des premiers en Europe à imposer le même habit à tout le régiment. L'équipement est particulièrement moderne. En plus de l'épée et des charges de poudre noire portées en bandoulière, 30 % du régiment est équipé du fameux fusil à pierre, une arme révolutionnaire à l'époque."

 

Soldats et officier du régiment de Carignan-Salières en 1665-1666
(images extraites du site patrimoine-culturel.gouv.qc.ca)

            

Ces soldats, une fois les forts construits, retrouveront un rôle militaire l’hiver suivant, en janvier 1666, lorsque leurs irresponsables commandants les enverront attaquer les Iroquois en les faisant littéralement congeler dans le vent et le froid ! André Poutré dit Lavigne est l’un des survivants de cette première expédition irréfléchie ! D’autres opérations militaires auront lieu à l’automne 1666, qui amèneront les Iroquois à s’entendre avec les Français. La mission de pacification est accomplie.

 

Alors se pose la question du rapatriement des troupes. Louis XIV prête une oreille attentive à son intendant Jean Talon lorsque celui-ci suggère d’utiliser les soldats pour aider au peuplement de la colonie. « Aux capitaines des compagnies qui décident de s’installer sur les bords du Saint-Laurent, écrit Michel Langlois[4], le roi promet une seigneurie. Aux soldats désireux de fonder un foyer, les autorités accordent une somme d’argent et une terre dans les nouvelles seigneuries. » Pierre de Sorel va ainsi devenir Seigneur de Sorel, et André Poutré va recevoir quelques arpents : ils font partie des 400 militaires qui sont restés.

 

 

La Vigne, compté parmi les soldats "qui se sont faits habitants de Canada en 1668"
(images extraites du site bac-lac-gc.ca)

                        

 

Extrait d'une carte indiquant l'emplacement des "Seigneuries
colonisées par les membres du régiment Carignan-Salières"
le long du Saint-Laurent
(image extraite du site ici.radio-canada.ca)

 

Démobilisé, André Poutré quitte ses habits de soldat et se fait cordonnier, comme son père resté à Valenciennes.

En 1667, il se marie. Là encore, Louis XIV a tout prévu : depuis 1663 il envoie en Nouvelle-France des jeunes filles dont la mission est de peupler la province. Elles seront 770 en tout, les voyages prenant fin en 1673. Chacune a reçu une dot de 50 livres de la part du roi, chacune doit trouver un mari et faire des enfants. Ces femmes n'étaient pas des prostituées ni des délinquantes qu'on aurait voulu éloigner, loin de là. Parmi les premières « émigrées », certaines faisaient partie de la petite noblesse : leur installation a échoué parce qu’elles étaient incapables de travailler aux champs. Plus tard, on choisira « des jeunes filles orphelines, écrit Marine Gasc[5], confiées à différents couvents dans toute la moitié nord de la France ». Elles seront appelées plus tard les Filles du Roy. Leur rôle a été fondamental dans l’histoire du Canada français, au point qu’on les appelle aujourd’hui « les Mères du Québec ».

 

En 2013, un groupe de femmes québecoises faisant partie de la Société d’histoire des Filles du Roy, est venu en France refaire le périple de leurs aïeules, à l’occasion du 350anniversaire du premier voyage. Parmi elles, mon amie Maryse Giard – qui n’est pas ma cousine ! – elle-même descendante d’une Fille du Roy originaire de Champagne. Chacune des 36 participantes à ce voyage commémoratif personnifiait une « vraie » fille du XVIIsiècle, en l’occurrence Maryse incarnait Suzanne de Licerace, de Bordeaux.

 

Les Filles du Roy en juin 2013 à La Rochelle
(photo extraite de la page Facebook de Maryse Giard)

 

Chacune des participantes au voyage mémoriel avait confectionné son costume
(photo de Lise Breton, extraite de la page Facebook de Maryse Giard)


Paris, Rouen, Dieppe, Nogent-le-Rotrou, Niort, La Rochelle, en quatorze jours les Québecoises ont découvert les villes d’où venaient les Françaises, ont rencontré des conférenciers, ont posé des plaques commémoratives. Tout cela avait été minutieusement préparé, comme le raconte ma non-cousine Maryse Giard[6] :

« Afin de ne pas errer, nous avions suivi une formation à raison d’une fin de semaine par mois, pendant environ 8 mois :  la vie en France et en Nouvelle France au XVIIe siècle ; le recrutement des Filles à marier (le terme Filles du Roy est venu plus tard) ; le voyage en mer et ses horreurs (le premier contingent avait voyagé 3 mois 3 semaines et 3 jours…. On avait alors manqué de nourriture, l’eau était imbuvable, 60 personnes sur les 250 passagers étaient décédées en cours de route, bref… pire qu’un bateau de croisière pris avec la Covid 19 !) ; l’accueil de ces filles en Nouvelle-France ; les fréquentations ; la signature du (ou des) contrats de mariage ; le mariage et l’installation du couple le plus souvent sur une terre concédée, là où la femme commençait sa mission :  donner naissance à des enfants ! Ensuite on a vu l’organisation de la vie politique, sociale, religieuse en Nouvelle-France.  On a étudié aussi des relations avec les premières nations.  On a également parlé du rôle de la sage-femme, des tâches qui attendaient ces mères… oh là là… elles étaient confinées pas rien qu’un peu avec 10 enfants à la maison, mais elles avaient toutes plusieurs projets….!!!! »

 

André Poutré dit Lavigne a signé un premier contrat de mariage, le 25 octobre 1667, avec Marguerite Loy ou Eloy (lui est nommé Poutray), contrat qui est annulé deux jours plus tard. Maryse Giard indique encore que « ce sont les Filles qui choisissaient leur époux, dû au grand déséquilibre des sexes : on parle d’une femme pour huit hommes ». Marguerite aurait donc trouvé une autre chaussure pour son petit pied ? Il semble qu’elle ait beaucoup cherché, car on trouve quatre contrats de mariage à son nom, les trois premiers annulés !

Mais notre cordonnier va être élu par une autre Fille, Jeanne Burel, originaire de Duclair près de Rouen, où elle est née vers 1649, avec qui le contrat de mariage est signé le 1ernovembre 1667. Elle aussi avait passé un premier contrat, le 21 octobre, avec un certain Pierre Lavoie, et l’avait annulé.

 

L'étonnante église Saint-Denis de Duclair, où Jeanne Burel fut baptisée
(image extraite du site fondation-patrimoine.org)

 

Ces deux Filles, Marguerite et Jeanne, sont en tout cas arrivées toutes les deux en Nouvelle-France le 25 septembre 1667, sur le même bateau, le « Saint-Louis » qui avait quitté Dieppe le 10 juin ; il est à noter qu’elles se sont mariées aussitôt le pied posé sur la terre ferme.

 

André et Jeanne se marient donc le 3 novembre 1667.

 

(image extraite de Geneanet)

Le troisième jour du mois de Novembre de l’année soixante sept, après les fiançailles et la publication d’un ban de mariage entre André Poutré fils de feu Pierre Poutré et de Philippe Rocquet ses père et mère de la Paroisse de St Gery de la Ville et Evêché de Valentienne d’une part Et Jeanne Burel fille de feu Daniel Burel et d’Anne Le Suisse ses père et mère de la Paroisse de St Denys du Clair Diocèse de Rouen d’autre part, Monseigrl’Evesque les ayant dispensés des deux autres bans et n’ayant découvert aucun empeschement légitime, Je soussigné Curé de cette Paroisse les ay mariés avec les cérémonies ordinaires de la Ste Eglise en présence des témoins connus Anthoine Ademar, Pierre Pezé dit la Faveur, Jacques Edoüin et Julien Jamain tous deux de cette Paroisse.

 

Le couple s’installe sur les terres concédées par le Seigneur de Sorel à ses anciens soldats. En 1681, ils sont là tous les deux, lui en qualité de cordonnier, et parents de six enfants (ils en auront douze au total) ; à l’époque ils possèdent un fusil, une vache et cultivent six arpents de terre. Sorel (ou Saurel), lui, vit avec sa femme (pas d’enfant cité), deux domestiques, quatre fusils, 43 bêtes à cornes, 62 moutons, 18 chèvres et possède encore 150 arpents de terre. Ceci dit juste pour la comparaison.

La concession est annulée en 1683, André et Jeanne emmenant leur petite famille à La Pointe-aux-Trembles – plus au sud sur le Saint-Laurent, aujourd’hui un quartier de Montréal. Il est toujours cordonnier, et les enfants continuent de naître. Il ne fait guère parler de lui, sauf exceptions : par trois fois il est en procès avec des voisins pour des histoires de creusement de fossé de drainage et d’écoulement d’eau…

Jeanne est décédée la première, le 17 avril 1724, André l’a suivie peu de temps après, le 1er juin 1724. Ils sont tous les deux inhumés à la Pointe-aux-Trembles. Ils ont tous les deux joué leur rôle de contributeurs au peuplement du Canada français : on leur dénombrait quelque 300 descendants vivants en 1760, des Poutré, Poudré, Poudret, Poudray, Poudrette et aussi Lavigne. Et surtout, ils sont représentatifs, tous les deux, de cet événement fondateur historique pour le Québec : la rencontre entre les Filles du Roy et le régiment de Carignan-Salières.

Et je m’amuse de penser que, même si Maryse Giard n’est pas ma cousine, un tout petit peu de sang valenciennois circule sans doute encore au Québec…

 

(photo des Amis du Musée de Valenciennes)

Merci à Vincent Hadot pour cette histoire !




[2] La plupart des arbres généalogiques concernant André Poutré donnent 1639 comme année de naissance, c’est une erreur due à une « pétouille » sur le registre des baptèmes. C’est en 1636 qu’il faut chercher pour dénicher cet acte.

[3] Samuel Venière, « Le régiment de Carignan-Salières, piliers de l’histoire canadienne », sur le site « anecdoteshistoriques.net ».

[4] Michel Langlois, « Le régiment de Carignan-Salières, des forces pour la paix, des bras pour la colonisation » in « Cap-aux-Diamants », numéro 23, automne 1990.

[5] Marine Gasc, « Les Filles du Roy ou la colonisation du Québec » sur le site « racontemoilhistoire.com »

[6] Courriel personnel du 3 juin 2020.

mercredi 27 mai 2020

Qui sont ces sœurs qui périrent en chantant ?

Le 13 juin 1920, onze religieuses Ursulines de Valenciennes sont déclarées « Bienheureuses » par le Pape Benoît XV. La procédure de béatification avait été entamée en 1894 par le chanoine Jules Loridan, qui était alors l’aumônier de la communauté et dont les travaux de recherches historiques donneront un ouvrage irremplaçable : « Les Ursulines de Valenciennes avant et pendant la Terreur », publié en 1901. 
Ce mois de juin 2020, les Ursulines de Valenciennes (désormais basées à Saint-Saulve) – à défaut de l’église catholique tout entière – célèbrent le centenaire de la béatification, l’occasion de rappeler au monde les circonstances de la mort dramatique de ces pacifiques religieuses [1].

La Terreur, c’est cette période sanglante de la Révolution Française durant laquelle l’invention de Guillotin montra sa désastreuse efficacité. On la situe entre début septembre 1793 et fin juillet 1794. La mort de Robespierre (28 juillet 1794) mit fin aux décapitations à tout va – sauf à Valenciennes, où au contraire l’activité de la guillotine s’emballa. La ville, en effet, avait été en quelque sorte mise à l’abri des tribunaux révolutionnaires français grâce à son occupation par les Autrichiens. Quand les Français sont de retour, en septembre 1794, ils se déchaînent au nom de la justice, de la laïcité, de la fidélité à la République. Ils procèdent à l’arrestation de tous les ecclésiastiques qui se trouvent en ville, de toutes les religieuses, mais aussi de tous ceux qui avaient rempli des fonctions civiles, judiciaires ou militaires sous le régime autrichien et qui n’avaient pas pu émigrer, fuir cette folie de nettoyage par le vide. Arrestation, simulacre de jugement ou pas de jugement du tout, et c’était la mort sur l’échafaud. Entre le 24 septembre et le 16 novembre 1794, 53 personnes ont été guillotinées à Valenciennes – tous religieux, à quelques exceptions près.

Extrait du jugement du 2 Brumaire An 3, tel qu'il fut placardé sur les murs de la ville.
Les condamnés à mort seront exécutés le lendemain.
(image extraite du blog duboischoulik.free.fr)
Cinq Ursulines seront tuées le 17 octobre 1794, les six autres le 23 octobre. Pourquoi se souvient-on particulièrement de leur exécution ? Parce qu’elles étaient éminemment innocentes des faux crimes dont on les accusait ; parce qu’elles sont restées humblement fidèles, sans reniement, à la foi qui a toujours guidé leur vie ; parce qu’elles sont montées vers la mort en chantant des psaumes, littéralement. En 2019, le 23 octobre exactement (c’était le 225anniversaire de l’événement), dans notre église Saint-Géry, devant une assistance nombreuse, attentive et impressionnée, Marie-Christine Joassart-Delatte a retracé lors d’une conférence très documentée le parcours de ces religieuses, et leurs derniers instants. Je me souviens du silence total qui régnait dans l’église alors que la conférencière abordait l’exécution de la dernière Ursuline, qui était aussi leur Supérieure, Mère Clotilde. 

Mère Clotilde était native de Bavay, fille dEtienne Paillot et Marie-Barbe Hiolle. La famille était originaire de Lessines, en Belgique. Elle avait un frère, Louis Paillot, qui sera échevin de Condé-sur-l’Escaut, mais surtout qui aura une très nombreuse descendance – dont je fais partie, ainsi que Marie-Christine Joassart-Delatte, ainsi que les deux frères Leroy, Onésyme et Aimé, ainsi que Marc Theillier dont nous parlerons plus loin, ainsi que Pauline Boulan, deuxième épouse d’Henri Wallon… On retrouve dans toutes ces familles, à toutes les générations, des filles qui portent le prénom de Clotilde, en hommage à notre Ursuline.
Mère Clotilde avait pris le voile le 23 octobre 1756, à l’âge de 17 ans. Les Ursulines étaient présentes à Valenciennes depuis 1654, leur mission étant d’enseigner aux filles le catéchisme mais aussi la lecture, l’écriture, la couture, etc. Clotilde a donc connu le grand couvent de la rue Cardon, aujourd’hui rue du Quesnoy, dans le bâtiment qu’on appelle encore « hôtel Lallaing » mais qui n’est plus celui où les religieuses ont vécu. Loridan en donne un plan, qui montre que tout le pâté de maisons était occupé par des religieux : Ursulines, Brigittines, et Augustins.
L'ancien "hôtel de Lallaing" aux portes monumentales
"Photographie Henri Guillaume, Collection J.P. Leroy"
(image extraite de la page Facebook de Richard Lemoine)

Plan du couvent présenté par Jules Loridan dans son livre sur les Ursulines
(image page 117)

Le 13 février 1790, Clotilde est élue Mère Supérieure par ses sœurs, pour trois ans. Le jour même de son élection, un décret supprime tous les ordres et congrégations religieux et invite « les individus » à déclarer devant la municipalité leur « sortie » de leurs vœux. Les Ursulines, y compris leur Mère Supérieure, déclarent toutes « vouloir finir leurs jours dans l’état et la maison qu’elles ont choisis ». Le décret suivant interdit le port des habits religieux. A nouveau, les Ursulines refusent de s’y soumettre. Enfin, le 1er octobre 1792, un énième décret décide que toutes les maisons occupées par des religieux doivent être évacuées et mises en vente.
Mère Clotilde décide alors d’emmener sa communauté à Mons, en Belgique. Les Ursulines de Mons sont en effet le « pied-souche » du couvent de Valenciennes, c’est de Mons que sont venues les religieuses fondatrices en 1654. Pourtant, à peine arrivées chez leurs sœurs, elles sont rattrapées par les Révolutionnaires après la victoire de Dumouriez à Jemappes, le 6 novembre. Mère Clotilde envisage de pousser son retrait jusqu’à Liège, mais le 18 mars suivant les Autrichiens repoussent les Français hors de Mons, puis de Valenciennes. Les Ursulines rentrent donc chez elles, et retrouvent leur couvent qui, entre-temps, a été transformé en caserne.
Le 26 novembre 1793, Mère Clotilde est à nouveau élue Supérieure pour trois nouvelles années – au vrai, pour onze mois seulement. En septembre 1794 les Autrichiens quittent Valenciennes, qui redevient définitivement ville française. Le seul aller-retour à Mons fera des Ursulines des « émigrées », crime qui s’ajoute à celui d’être des religieuses. La messe est dite (si j’ose dire), leur sort est scellé.

Extrait du tableau réalisé par Diogène Maillart en 1908. En réalité,
les Ursulines montèrent à l'échafaud sans leur habit religieux.
(image extraite de l'affiche annonçant le 225e anniversaire de l'exécution)
Guillotinée le jour anniversaire de sa prise d’habit, la Bienheureuse Mère « Marie-Clotilde-Angèle de Saint-François-Borgia » (dans l’entièreté de son nom religieux) est montée la dernière vers le supplice fatal. Marie-Christine Joassart-Delatte rapportait lors de sa conférence ce commentaire d’un témoin oculaire : « Je la vois encore à l’échafaud, à genoux, la dernière, je crois entendre encore cette femme intrépide, encourageant ses sœurs et chantant avec elles les louanges de Dieu jusqu’au moment où l’on n’entendit plus, dans toute la ville, qu’un silence de consternation. »

En 1923, un vitrail racontant l'histoire des Ursulines de Valenciennes
est installé dans la chapelle Saint-Vincent-de-Paul de la basilique Notre-Dame du Saint-Cordon.
(photo personnelle)
Au cimetière Saint-Roch de Valenciennes, une tombe entourée d’une chaîne indique l’emplacement où des ossements de femmes ont été retrouvés en 1925. Plusieurs indices ont laissé penser qu’il s’agissait des Ursulines. En 2013, un « généreux donateur » resté anonyme a fait poser une pierre tombale sur cette sépulture.

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Un petit mystère accompagne la disparition de Mère Clotilde, raconté par Marc Theillier en annexe de son livre « Les Ursulines sous la Terreur » qu’il a lui-même édité en 1986. Avant de couper la tête de la religieuse, le bourreau lui arrache une petite croix qu’elle porte au cou et la jette dans la foule. Ensuite… qu’est devenue cette petite croix ?
Marc Theillier indique que la première preuve indiscutable de la présence de cet objet dans la famille est signée Henri Wallon. Dans son livre « Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire » publié en 1890, il indique en note, page 166 du tome 5 : « je possède la petite croix d’argent qu’elle portait au moment d’aller à l’échafaud. »

(image Gallica)
En 1923, Marc Theillier a douze ans dit-il, il se souvient avoir entendu le prêtre de Notre-Dame du Saint-Cordon s’adresser aux fidèles en ces termes : « Lorsque vous participez à l’offrande lors d’une messe de funérailles et que le prêtre présente à vos lèvres l’image du Christ, c’est la croix de la Bienheureuse Mère Clotilde que vous vénérez ; car la croix qu’elle portait en montant à l’échafaud, je l’ai fait sertir sur cette patène dont on se sert aux enterrements » (page 114 de son livre). Marc Theillier est intrigué. En 1985, lorsqu’il écrit son ouvrage, il cherche cette patène à Notre-Dame : rien. Puis il contacte les Ursulines (à Saint-Saulve), demande à consulter leurs archives et, tout surpris, découvre une petite boîte contenant une croix en argent et un billet jauni qui dit : « cette petite croix que l’on dit avoir appartenu à une religieuse Ursuline guillotinée à Valenciennes a été offerte par Madame Guiroux (née Leroy) à sa domestique », sans signature ni date (page 116). Caroline Guiroux (1797-1882) est une sœur d’Aimé et Onésyme Leroy, une petite-nièce de Mère Clotilde. Il s’agirait donc bien de la petite croix de la Bienheureuse ? Selon Marc Theillier, Henri Wallon se serait ému de ce don à « une étrangère » (étrangère à la famille, s’entend) et aurait récupéré le bijou. On n’en sait rien ! On ne sait pas non plus s’il s’agissait de la croix de la Mère Supérieure ou de l’une des dix autres religieuses.
Henri Wallon revient dans ce feuilleton, en qualité de témoin : il écrit – dit Marc Theillier page 117 – dans le dossier du procès de béatification, « j’ai donné à ma fille la petite croix de Mère Clotilde ». Et là, Marc Theillier part dans une curieuse élucubration, imaginant que Etienne Wallon, fils d’Henri, aurait persuadé sa sœur de donner l’objet à Notre-Dame du Saint-Cordon, puis que le prêtre de Notre-Dame aurait « desserti » cette croix (qui se trouvait donc sur la patène de 1923) pour la donner aux Ursulines de Saint-Saulve, lesquelles la rangent dans une boîte avec le petit billet jauni qui raconte une tout autre histoire… C’est sans queue ni tête ! 
(image des Ursulines de Saint-Saulve)
J’ai une autre version à vous proposer, racontée par mon cousin François Schombourger dans ses notes généalogiques (voir le site antoine.schombourger.free.fr). Il dit que « cette relique familiale devait être transmise de filles aînées mariées en filles aînées mariées. » La fille d’Henri Wallon, à qui il a donné la petite croix, s’appelle Marguerite, elle a épousé Charles Rabut et vit à Paris. François Schombourger poursuit : « Bonne maman Rabut [donc Marguerite] la portait sur son lit de mort le 17 octobre 1936. Sa fille Thérèse, ma mère, en hérita. » Thérèse est décédée en 1973. Ensuite, faute de « fille aînée mariée », François Schombourger, dépositaire de l’objet, a décidé de le confier aux Ursulines de Valenciennes à l’occasion du bicentenaire de l’exécution, en 1994. Je peux en témoigner, car j’y étais !
Onze Ursulines guillotinées, cela fait onze petites croix (qu’elles recevaient à leur prise d’habit) jetées à la foule. Elles ont toutes pu devenir objets de vénération, et se retrouver l’une sertie sur une patène, une autre entre les mains de la domestique de Caroline Guiroux, une autre encore pieusement conservée par Henri Wallon. Qui saura jamais ?


[1] A cause du Coronavirus, les célébrations prévues à l’église St-Géry ont été repoussées à 2021.

lundi 18 mai 2020

Qui est cet Archet qui jouait avec les lettres ?

A Valenciennes, dans le quartier du béguinage, se trouve la rue Hécart. Je me suis souvent demandé où était la rue Et-demie, assez trivialement, je l’avoue, mais vous allez voir que j’étais dans le ton. La rue Hécart porte le nom de, et rend hommage à, Gabriel Hécart qui fut un de ces érudits dont le XIXe siècle était friand, mais qui n’avait pas oublié d’ajouter à sa science une bonne dose de fantaisie. C’était une sorte de touche-à-tout lettré, le genre de personnage qui de nos jours ferait un merveilleux blogueur.

Lorsqu’il signait ses œuvres, Hécart utilisait ses trois prénoms : Gabriel, Antoine, Joseph, reçus à son baptême le 25 mars 1755 à l’église Saint-Géry de Valenciennes. Il était né la veille, chez ses parents. Il était le fils de Jean Hécart (natif de Vendresse dans l’Aisne), sellier de son métier, et de Marie-Françoise Cognia (qui venait d’Orchies), domiciliés rue Saint-Géry. Son parrain était son frère aîné, Antoine, qui allait sur ses dix-sept ans à sa naissance.

Acte de baptême de Gabriel Hécart
(Archives départementales du Nord, état-civil de Valenciennes)
Ce grand frère, qui fut également le témoin de Gabriel lors de son mariage, semble avoir été l’objet d’une certaine admiration – ou peut-être, d’une sorte de fascination – de la part du cadet. Antoine Hécart était franc-maçon, il est nommément cité dans les listes de la loge valenciennoise Saint-Jean-du-Désert avant et après la Révolution[1]. Nulle part on ne trouve trace de Gabriel dans ces listes, ce qui étonne les spécialistes parce qu’il a écrit plusieurs ouvrages sur la franc-maçonnerie, dans lesquels, à l’évidence, il savait de quoi il parlait. Dans un article paru dans la revue Valentiana en juin 1988, Jocelyne Bournonville s’évertue à trouver toutes les raisons possibles à ce petit mystère ; elle n’aborde pas celle qui me vient directement à l’esprit : que Gabriel s’y connaissait en franc-maçonnerie parce que son frère Antoine en faisait partie, et lui en parlait. Pas besoin d’être vigneron pour parler œnologie. Et étant donné la production livresque tous azimuts de notre auteur, mon explication ne me paraît pas incongrue.

Tous azimuts, l’expression n’est pas surfaite. Gabriel Hécart a lui-même listé et commenté, en 1828, dans un ouvrage intitulé Manuscrits de l’auteur, les sujets de toute sorte qui ont fait l’objet d’un livre ou d’un opuscule de sa part. C’est phénoménal ! Une phrase notée dans un ouvrage, une réflexion entendue lors d’une conversation, suffisaient à l’envoyer sur la piste d’une enquête, jamais très approfondie reconnaissait-il lui-même, lui permettant de « faire le tour » d’une question qui l’intriguait. J’ai pris la peine de dresser moi-même la liste chronologique de tous les écrits dont il se dit auteur (elle se trouve à la suite de cet article), on se croirait dans l’un de ces cabinets de curiosité qui faisaient fureur à son époque, où se côtoyaient des crânes de blaireau, des fossiles de fougères, des livres reliés en cuir doré sur tranche…

Gabriel Hécart n’était pas avare de ses propres commentaires sur sa propre production. Cela nous permet de comprendre que, tantôt par pure modestie, tantôt par jeu, il omettait le plus souvent de signer ses ouvrages, ou bien il prenait un pseudonyme « pour rire ». L’embêtant, c’est que plus d’une fois il s’est fait voler ses manuscrits restés anonymes (raconte-t-il), quitte à les voir réapparaître édités par un autre – ou à les voir disparaître tout à fait. Dans le cas d’une totale disparition, il conclut généralement qu’il n’y a rien à regretter, que le manuscrit ne valait rien.  
Il fait une exception cependant : il avait rédigé une « Flore du Hainaut » dans laquelle il recensait toutes les plantes sauvages – non cultivées – qu’il avait rencontrées lors de ses promenades autour de Valenciennes, et sur lesquelles il donnait ses commentaires botaniques et des indications pour les retrouver. Un travail très méticuleux, du botaniste amateur mais passionné qu’il était, qui lui a valu une médaille de l’Académie de Bruxelles. D’ailleurs, il aurait aimé enseigner cette science, ce qui lui a été refusé. Il se plaint amèrement dans ses Manuscrits, d’avoir été écarté de cet enseignement – et de s’être fait barboter son manuscrit, au passage. Beaucoup plus tard, en 1836, il fera paraître une Florula hannoniensis, petit ouvrage complet mais sec comme une trique.

Le grand ouvrage de Hécart, celui qui l’a rendu célèbre, est son Dictionnaire Rouchi-Français. Le rouchi, je précise pour les étrangers, est le patois chti parlé à Valenciennes (le mot aurait même été inventé par Hécart). Ce livre est né comme ses autres œuvres, d’une pointe d’intérêt de l’auteur pour une particularité du coin. Le langage, comme les plantes. Il collectionnait les expressions typiques, celles qu’il entendait dans la rue, comme d’autres collectionnent les petits cailloux. Il aurait pu en faire une encyclopédie. Il travaillait à la quatrième édition de ce dictionnaire quand la mort l’a emporté. La Bibliothèque municipale de Valenciennes a gardé son manuscrit, qui montre bien comment il travaillait en accumulant les petits papiers !

(Bibliothèque municipale de Valenciennes)

Parce qu’il s’intéressait à tout et à tout le monde, Gabriel Hécart fut aussi journaliste. Pendant près de vingt ans (1807-1826), il fut propriétaire et rédacteur de la Feuille de Valenciennes, un journal de huit pages qui paraissait trois fois par semaine, le mardi, le jeudi et le samedi (abonnement pour trois mois : 4 francs 50 pour Valenciennes, 6 francs « pour le dehors »). Lorsqu’il rachète le journal à son précédent propriétaire, Hécart est bien décidé à le relancer sérieusement. Il annonce donc le programme de tout ce qu’on pourra lire dans ses pages : annonces immobilières, arrêtés préfectoraux, jugements des tribunaux, état-civil de Valenciennes, « nouvelles politiques les plus intéressantes », prix des grains et autres marchandises, annonces des spectacles. « Pour l’agrément des lecteurs, ajoute-t-il, on trouvera de temps à autre un morceau de littérature, soit en vers soit en prose ». Gabriel l’amuseur n’est jamais loin derrière le sérieux Hécart !



Hécart le sérieux était par profession secrétaire de la mairie de Valenciennes, un bon poste de fonctionnaire qu’il a occupé toute sa vie et que je soupçonne son frère Antoine de lui avoir procuré, lui qui était également employé à l’hôtel de ville.
Gabriel le fantaisiste a beaucoup profité de son temps libre ! Il était oulipien [2] avant l’heure, se lançant par exemple dans la composition de vers truffés d’anagrammes, vers qu’il édite sous le pseudonyme anagrammique d’Archet, et qu’il dédie à son ami Olery (Leroy [3]). Il invente des titres invraisemblables à ses petits opuscules, comme ce Rominaf. Traduit de l’arabe. Imprimé à Cacadouillopolis, l’an 7539824160 des Parfums. Il me semble l’entendre pouffer de rire derrière ses Quelques préjugés populaires des habitants de Valenciennes, collection de croyances populaires qu’il tamponne d’un « Ouvrage posthume d’un auteur vivant ». Et je cite encore sa petite Biographie des fous de la ville de Valenciennes, par un homme en démence, qui préfigure Pierre Dac.

Gabriel Hécart en 1808, gravure de Jacques-François Momal
(image de la Bibliothèque municipale de Valenciennes)
Avec une telle personnalité, Hécart ne laissait personne indifférent. Rigolo superficiel pour les uns, génial bourreau de travail pour les autres, je pense qu’il ne mérite bien sûr pas le pilori, mais pas trop non plus le pinacle. C’était un homme de sa ville, de son temps, qui n’a jamais pu résister à la tentation de s’intéresser à tout ce qui lui passait sous les yeux ou sous les oreilles.
Il est mort le 19 novembre 1838 chez lui, place Delsaux, veuf mais déjà beau-père, grand-père et arrière-grand-père d’une lignée d’hommes de lettres : Joseph, Lucien et Léon de Rosny. Trois auteurs que les émules de Hécart ne manqueront pas d’aller découvrir dès que possible, avec appétit.

Acte de décès de Gabriel Hécart
(Archives départementales du Nord, état-civil de Valenciennes)

Œuvres de Gabriel Hécart
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1778 – Traité de perspective linéaire.
1778 – Mémoire sur l’étendue de la direction des fermes générales de Valenciennes, sur ses productions et son commerce. Manuscrit.
1778 – Flora Hannoniensis. Manuscrit.
1778 – Mémoire sur les abus et inconvénients des grandes exploitations rurales. Manuscrit.
1780 – Dictionnaire du vieux langage français
1780 – La Harpéade, poème en prose et en vers dissyllabes. Manuscrit.
1780 – Plan d’imposition sur les célibataires.
1780 – Moyen de détruire l’infanticide. Manuscrit.
1781 – Observations sur les échanges de territoire faits entre le roi de France, l’impératrice-reine et le prince de Liège.
1787 – Histoire des beaux-arts. Manuscrit.
1790 – Dictionnaire anagrammatique de la langue française.
1791 – Le Temple de la science, songe. 24 p.
1792 – Prodromus Floræ hannoniensis. Manuscrit.
1793 – Relation du siège et bombardement de la ville de Valenciennes, par l’armée combinée sous les ordres du duc d’York. Manuscrit.
1793 – Portraits de quelques officiers municipaux de l’époque, et des magistrats qui les ont remplacés. Manuscrit.
1794 – Catalogue des livres de la bibliothèque de M. le comte de Ste-Aldegonde de Noircarmes.
1794 – Mémoire sur les usages économiques du roseau des étangs, Typha… Lin. Manuscrit.
1795 – Essai sur les qualités et les propriétés des arbres, arbrisseaux, arbustes et plantes ligneuses, etc. 132 p.
1796 – Promenades botaniques autour de Valenciennes. Manuscrit.
1796 – Faunula Valencenensis. Manuscrit.
1801 – Rominaf« traduit de l’arabe ». « Tiré à peu d’exemplaires ».
1801 – Les Arbres, en vers. Manuscrit.
1804 – Indicateur minéralogique. Manuscrit.
1804 – Eloge historique de Lestiboudois, ayeul de celui actuel. Manuscrit.
1807 – Parallèle du siècle de Louis XIV avec le XVIIIrelativement aux lettres, aux sciences et aux arts. Manuscrit.
1808 – Les Bosquets d’agrément, poème en IV chants, suivi des Arbres toujours verts, poème en stances régulières. 16 & 112 p.
1808 – Mon Théâtre : Musicor, ou la dispute fraternelle ; L’Envieux ; Rominaf, ou le rajeunissement du Myriade. Manuscrit.
1808 – Explication des mystères de la Fr*** Mie***. Manuscrit.
1808 – Etymologie des noms des plantes. Manuscrit.
1808 – Tableau de la culture de toutes les plantes tant indigènes qu’étrangères. Manuscrit.
1808 – Précis de ma vie.
1811 – Table alphabétique des planches de botanique composant les dix centuries de l’Encyclopédie méthodique. Publié en 1827.
1811 – Tableau alphabétique de toutes les communes de l’empire français, indiquant les départements, leur chef-lieu, celui des sous-préfectures, les justices de paix, etc.
1812 – Mémoires sur les haies. 50 ex.
1813 – La Vaccine, poème, et autres pièces sur divers sujets. 63 p.
1815 – Œuvres diverses, mélanges littéraires, poésies, etc.
1817 – Art du tuileur des trente-trois degrés de la F*** M*** du rite écossais ancien et accepté, suivi de la maçonnerie disséquée, traduite de l’anglais de Samuel Prichard, et d’un tableau des loges écossaises existantes en 1734. Manuscrit « écrit de la main de ma bonne et chère fille ».
1818 – Recueil de poésies, intitulé : Mes Sottises.
1819 – Rapport fait à la société des sciences, arts, commerce et industrie de la ville de Valenciennes, sur les monuments antiques du moyen âge, que l’on trouve dans ses murs ou dans ses environs.
1820 – Sur la culture de l’oreille-d’ours. 7 p., 6 ex.
1820 – Notice sur Jean Molinet, chanoine de Valenciennes, poëte et historien au XVesiècle.
1820 – Voyage à Commercy et dans ses environs.
1821 – Anagramméana, poème en VII chants. 58 p., 50 ex.
1821 – Anagraphéana (bibliographie d’anas). 44 p., 100 ex.
1822 – Capellaniana, ou notice sur Chapelain.
1822 – Cotiniana.
1822 – Pictoriana.
1822 – Scalptoriana.
1822 – Sculptoriana.
1822 – H…tiana.
1823 – Observations sur un passage du 3erapport fait par M. Bottin à la Société royale des Antiquaires de France. 8 p., 25 ex.
1823 – Stultitiana, ou petite biographie des fous de la ville de Valenciennes. 24 p., 45 ex.
1823 – Essai sur les fabulistes français.
1824 – Augiasiana, ou recueil de préceptes, de proverbes, de quolibets, de rébus et de façons de parler triviales en usage dans le patois Rouchi. 
5 volumes in-18.
1824 – Biographie Valencenoise. 108 p.
1824 – Boulyana, ou Notice et Anecdotes sur Bouly. Manuscrit.
1825 – Coup d’œil sur les usages anciens et modernes de la ville de Valenciennes, à la suite du « Précis historique et statistique sur la ville de Valenciennes » de Desfontaines de Preux. 120 p., 12 ex.
1826 – Dictionnaire rouchi-français, précédé de Notions sur les altérations qu’éprouve la langue française en passant par ce patois. 318 p., 300 ex.
1827 – Valenciennes en 1789, comparée à ce qu’elle est maintenant. Manuscrit.
1827 – Essai d’une bibliographie spéciale des recueils de proverbes ; suivie de la notice de ceux qui ont été traités dramatiquement par quelques auteurs.
1827 – Moribondiana, ou actions et paroles des mourants. Manuscrit.
1827 – Funébriana, ou Récréations historiques sur les funérailles, contenant des anecdotes divertissantes sur les usages des différents peuples dans les honneurs rendus aux morts ; recueillies par un homme qui a toujours regardé la mort comme le souverain bien, et qui a vécu soixante-treize ans en se familiarisant avec ce point de vue. Manuscrit.
1827 – Bétisiana.
1827 – Loiseliana, ou adages, maximes de droit et proverbes extraits des Insitutes Coutumières d’Antoine Loisel, jurisconsulte du XVIIesiècle, parsemés de quelques remarques.
1827 – Proverbes, adages, maximes, sentences, quolibets, rébus recueillis de l’histoire de Don Quichotte, traduite par Filleau de Saint-Martin.
1828 – Catalogue des coquillages du Musée de Valenciennes. 24 p., 7 ex.
1828 – Recueil d’épitaphes dont fort peu sont inédites. Manuscrit.
1828 – Manuscrits de l’auteur : lettre à M. Lerouge. 72 p., 21 ex.

Liste constituée et datée par Gabriel Hécart lui-même, dans les « Manuscrits de l’auteur » de 1828, et dans la « France littéraire » en 1830.

Et aussi : Feuille de Valenciennes, 1807 à 1826.




[1] Voir Jocelyne Bournonville, Valentianan° 1, page 71.
[2] L’Oulipo – Ouvroir de littérature potentielle – est un mouvement littéraire créé en 1960 par Raymond Queneau et François Le Lionnais. L’un de ses membres les plus célèbres est Georges Perec.
[3] Voir dans ce blog l’article sur Aimé Leroy et son frère Onésyme : « Qui sont ces frères qui avaient les livres dans la peau ? », posté en novembre 2019.