samedi 3 janvier 2026

Qui est dieu ici bas ?

François-Joseph Benoist (1756-1833) est maire de Valenciennes de 1802 à 1822, avec une interruption de quelques mois en 1815 où il est alors remplacé par le baron de Maingoval. Dans les registres des délibérations du Conseil municipal, "Benoist aîné", ainsi qu'il signe chaque compte rendu de séance, n'hésite pas à donner dans la grandiloquence lorsqu'il s'agit de saluer les grands de son monde. Avec, en temps opportun, des retournements de veste qu'il effectue sans aucune vergogne.

(Archives municipales de Valenciennes)

Le 28 août 1804 (8 fructidor an 12), le Conseil municipal apprend "le prochain passage en cette commune" de l'Empereur Napoléon Ier. Il décide aussitôt de présenter à Sa Majesté une "pétition" présentant plusieurs réclamations, en terminant la lettre par cette demande : "La dernière grâce et la plus précieuse de toutes celles que nous supplions instamment Votre Majesté de nous accorder, c'est le don de son portrait pour être placé dans la grande salle de l'hôtel de notre ville. Si la reconnaissance pouvait jamais s'affaiblir dans le coeur de nos neveux, l'image du grand homme qui a sauvé la France leur en retracera sans cesse l'obligation sacrée."

Napoléon Ier par François Gérard
(image extraite de Wikipédia)

À la date du 1er septembre (14 fructidor) on trouve le compte rendu de cette visite expresse, où il semble que Napoléon ne soit même pas descendu de voiture. "En conséquence de plusieurs avis de Monsieur le préfet (il s'agit de Christophe Dieudonné, 1757-1805) sur des lettres de son excellence le Ministre de l'intérieur (qui est à cette époque Jean-Baptiste de Nompère de Champagny, 1756-1834) annonçant le prochain passage de Sa Majesté par cette ville, […] il fut ordonné de sabler, tapisser ou orner de feuillages les rues de son passage. On prépara des illuminations, un bal très brillant, espérant que Sa Majesté s'arrêterait quelques moments."

Jean-Baptiste de Nompère de Champagny, duc de Cadore 
par Antoine Jean Joseph Ansiaux
(image extraite du site napoleon-empire.org)

Le compte rendu note que son grand Chambellan (Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, 1754-1838) passa la veille au matin, suivi du grand Ecuyer (Armand Augustin Louis marquis de Caulaincourt, 1773-1827) qui arriva dans la nuit.

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord
par Pierre Paul Prud'hon
(image extraite de Wikipédia)

Caulaincourt par François Gérard
(image extraite de Wikipédia)

Au jour J, dès 9 heures du matin, tout le Conseil est sur le pont ! Ces messieurs attendent leur majestueux visiteur sous une tente "vaste et magnifique", près d'un arc triomphal construit "sur les hauteurs de la porte Notre Dame". Le visiteur arrive vers 3 heures de l'après-midi, dans l'enthousiasme général de "l'immensité des habitants réunis et empressés autour de sa personne pour jouir de la vue du plus grand homme d'Europe. L'air retentissait des cris de Vive Bonaparte, Vive Napoléon". Le maire Benoist présente au grand homme "la Clef d'or [de la ville] dans un plat d'argent" ainsi, bien sûr, que la pétition préparée en conseil municipal quelques jours auparavant.

Hélas "Sa Majesté exprima au maire son regret de ne pouvoir s'arrêter… Elle était attendue depuis plusieurs jours à Aix la Chapelle par les Ministres plénipotentiaires de diverses puissances de l'Europe" (et surtout, il voulait voir s'il ne pourrait pas se faire sacrer Empereur sur les lieux mêmes où Charlemagne le fut). Voilà donc Napoléon reparti, escorté par une garde à cheval jusqu'à Quiévrain. La fête cependant se déroula comme prévu, "le Maire ordonnant l'illumination générale de la ville qui eut lieu pendant toute la nuit, ainsi que le bal qui fut très brillant." D'ailleurs, pas rancunier, Benoist aîné décrète le 30 septembre que "la place Neuve serait nommée place de Napoléon".

Un an plus tard, le 6 septembre 1805 (19 fructidor an 13), le maire Benoist aîné espère la visite du frère de Napoléon, le Prince Louis, connétable, parce qu'on est "à la veille de la Kermès de cette ville" et que le connétable l'a promis.

Le Prince Louis en 1808, roi de Hollande
par Charles Howard Hodges
(image extraite de Wikipédia)

Monsieur le Préfet Dieudonné ayant donné son accord sur la dépense à prévoir, le maire envoie une députation chez le prince pour "l'inviter à faire à cette ville l'honneur d'y venir mardi prochain". Tout un programme est préparé : un spectacle "convenable à cet heureux moment", un souper, un bal, l'illumination de l'hôtel de ville, et celle de la façade des maisons par les habitants. On ne trouve pas trace dans les registres de cette visite qui n'a pas dû avoir lieu.

En 1808, vient l'affaire de la statue de l'Empereur. Hector Sonolet, directeur du musée de Carrare, envoie aux maires des communes de l'Empire français un petit catalogue énumérant toutes les représentations de l'Empereur en bustes ou en statues qu'il leur plairait de lui commander "pour la décoration des communes". Les prix s'échelonnent de 20.000 francs pour une statue en pied "colossale", à 500 francs pour un buste "de petite proportion". C'est qu'il en faut pour tous les goûts et tous les budgets !

L'un des modèles de buste de Napoléon, d'après Chaudet
(image extraite du site anticstore.com)

La délibération du 2 mai 1808 écrit : "Le Conseil, pénétré de reconnaissance et d'admiration pour la personne auguste de Sa Majesté l'Empereur et Roi (d'Italie), a voté par acclamation spontanée, l'érection de sa statue en pied de grande proportion pour être exécutée en marbre de Carrara et élevée sur la place d'Armes de cette ville." Vingt mille francs vont être alloués à cette dépense : 12.000 pour la statue, 8.000 pour le piédestal et les accessoires. Monsieur le Préfet du département (le Général de division François René Jean de Pommereul, 1745-1823), sollicité, doit donner son accord. Mais voilà qu'il vient d'apprendre que Sonolet ne peut plus envoyer la moindre oeuvre à cause du grand nombre de demandes "d'étrangers" qu'il a reçues : il faut attendre que les Français aient fait connaître leur intention d'en commander ou pas. Ah, l'administration !

Le Préfet François de Pommereul
(image extraite de Wikipédia)

Mais qu'importe pour Benoist aîné et son Conseil. Si le marbre devra bien venir de Carrare, le Conseil "manifeste le désir que cette statue soit faite par Mr Milhomme (François Dominique Aimé Milhomme, 1758-1823) citoyen de cette ville qui a remporté à Paris le Grand prix de sculpture et a été par suite envoyé à Rome par le Gouvernement à l'Académie impériale."

Portrait de Milhomme par Charles Crauk
(image extraite de Webmuseo)

Il semblerait qu'en définitive, Pommereul n'ait pas donné son accord sur cette dépense faramineuse. Aucune statue de Napoléon n'a été installée place d'Armes à Valenciennes.

Mais une nouvelle visite impériale s'annonce ! Le Ministre de l'intérieur (Jean Pierre Bachasson comte de Montalivert, 1766-1823) informe Benoist aîné que leurs Majestés impériales et royales (Napoléon et Marie-Louise) passeront à Valenciennes le 29 avril 1810, devant coucher à Cambrai le 28. Ni une ni deux, le maire sollicite une audience pour "leur demander pour Valenciennes la faveur de les y posséder au moins quelques instants". C'est d'accord, lui répond-on, pour un déjeuner.

Bachasson par Jean-Baptiste Régnault
(image extraite du site napoleon-empire.org)

"Leurs Majestés rendues à 11 heures chez Madame Fizeaux (Monsieur est fabricant de batiste) où on avait tout préparé", le maire, le président du tribunal de commerce (Pierre Carez, fabricant de batiste) et le directeur du Génie (Anne Pierre Nicolas de Lapisse, 1773-1850) "eurent l'honneur d'être admis pendant que Leurs Majestés déjeunaient." En point d'orgue de cette réception, 25 jeunes demoiselles présentées par le maire et accompagnées de Madame Fizeaux "offrirent à Leurs Majestés les produits de l'industrie de la ville dans des corbeilles contenant des batistes et dentelles".

Au mois de mai suivant, encore enivré de l'honneur d'avoir côtoyé l'Empereur, Benoist aîné décide que la place Notre Dame prendrait le nom de place Impériale. "C'est effectivement en ce lieu qu'un arc de triomphe fut érigé en l'honneur de Sa Majesté impériale et royale Napoléon. Il m'a paru qu'on ne pouvait mieux consacrer cette circonstance mémorable qu'en donnant à cette place un nom qui la rappelle".

On sait que, peu à peu, le ciel s'assombrit pour Napoléon. Benoist aîné veut pourtant marquer sa fidélité à son Empereur. Le 13 octobre 1813, il fait envoyer un message à Marie-Louise, impératrice-régente, pour lui transmettre "l'hommage respectueux des habitants de Valenciennes, l'expression de leur dévouement pour l'immortel héros qui nous gouverne, son auguste épouse, pour Sa Majesté le Roi de Rome et ses voeux pour le triomphe de nos armées." Je vous invite à lire ce message, avant de passer à l'année suivante :

"Madame, Les ennemis de la France persistent donc à repousser l'olivier de la paix qui leur a été généreusement offert ! Ils croient sans doute que les éléments qui ont tant favorisé leurs efforts et ajouté à leur puissance, ont épuisé nos ressources et détruit notre énergie ! Comment peuvent-ils méconnaître l'attachement que les Français ont toujours voué à leurs souverains et leur aversion pour tout ce qui pourrait ternir leur gloire ? Ah que leur erreur est grande ! Notre courage augmentera avec les difficultés et aucune privation ne nous coûtera pour parvenir à une paix autant honorable pour le héros qui nous gouverne et qui la désire que propre à procurer un bonheur durable à ce vaste empire. La ville de Valenciennes vivement pénétrée de ces sentiments nous charge, Madame, de l'honorable mission de nous présenter aux pieds du trône de Votre Majesté et d'y déposer l'humble assurance de son hommage respectueux et de son amour pour Sa Majesté l'Empereur et Roi, pour votre auguste personne et pour Sa Majesté le Roi de Rome, et qu'elle sera sans cesse prête à faire tous les sacrifices possibles pour obtenir cette paix tant désirée ou à repousser et à vaincre nos ennemis."

Et maintenant, le 28 avril 1814 :

"Le Maire, les Adjoints et le Conseil Municipal de la ville de Valenciennes

À Sa Majesté Louis XVIII Roi de France & de Navarre.

Sire, Les habitants de Valenciennes dont nous sommes les organes, partageant l'ivresse de toute la France, nous envoient vers Votre Majesté pour déposer à ses pieds l'hommage de leur respect, de leur dévouement et de leur soumission."

Louis XVIII (1755-1824)
par Jean-Baptiste Louis Gros
(image extraite du site histoire-image.org)

Oui, après l'abdication de Napoléon, c'est Louis XVIII qui monte sur le trône, le 6 avril 1814. Benoist aîné prend l'initiative d'envoyer une députation à Paris "pour présenter à Sa Majesté l'hommage des sentiments respectueux de la ville de Valenciennes." Son message est stupéfiant de veulerie - ou d'hypocrisie ? Voyez plutôt :

"Vingt années et plus de souffrance n'ont pu leur faire oublier (aux Valenciennois) combien ils étaient heureux sous le gouvernement paternel des Bourbons. Que de maux en effet les ont affligés pendant votre absence. […] Le retour de votre Majesté tant désirée dans ses états est le précurseur de la félicité publique. C'est le retour d'un tendre père au milieu de ses enfants, héritier des vertus de votre auguste frère Louis XVI. […] Aussi les Valenciennois justement pénétrés du plus saint des devoirs chériront en vous, Sire, leur libérateur. […] Tous ne cessent de répéter ce cri d'allégresse qui retentit d'un bout de la France à l'autre, Vive Louis XVIII, Vive notre père, Vive la famille des Bourbons."

Le 2 août 1814, le duc de Berry (Charles Ferdinand d'Artois, 1778-1820) séjourne à Valenciennes. C'est le fils du futur Charles X.

Le duc de Berry par François Gérard
(image extraite de Wikipédia)

À nouveau les compliments pleuvent sur "son Altesse Royale" : "L'arrivée dans nos murs de son Altesse Royale Mgr le Duc de Berry a procuré aux habitants de Valenciennes la douce satisfaction de pouvoir manifester les sentiments qui les animent envers les augustes descendants d'Henry IV. On s'est convaincu par leur enthousiasme que nos coeurs longtemps comprimés par la douleur avaient besoin d'épancher les sensations délicieuses qu'ils éprouvent depuis que la providence nous a rendu les Bourbons."

Le programme des festivités est conforme à la tradition : garde d'honneur à cheval, grand bal dans la salle de spectacle, illumination générale, décoration des rues par lesquelles le prince devait passer. Le compte rendu inséré dans le registre des délibérations donne mille détails sur l'événement, par exemple que le prince "entra au bruit des fanfares et des salves d'artillerie" et que "son cortège était embelli par la brillante troupe de Mr Franconi qui se trouvait en cette ville."

Antonio Franconi, 1737-1836, artiste de cirque
par Paul Haynon
(image extraite du site apll-lachaise.net)

C'est à nouveau Madame Fizeaux qui reçoit en son hôtel particulier le royal visiteur. Le duc de Trévise accompagne le prince en sa qualité de Maréchal Gouverneur de la division, et tous deux reçoivent en audience les autorités civiles et militaires, le clergé et les professeurs du collège !

Adolphe Edouard Casimir Joseph Mortier,
duc de Trévise, 1768-1835
(image extraite de Wikipédia)

Après ces obligations, le prince se rend avec plaisir à la fête organisée en son honneur où il est reçu avec des acclamations, dit le compte rendu, "Vive le Roi, Vive Mgr le duc de Berry". Il danse, il salue toutes les dames, et se dit très satisfait lorsqu'il se retire dans son hôtel vers onze heures. Le lendemain, six heures du matin, visite des fortifications, revue de garnison, manoeuvres. Puis départ pour Le Quesnoy, Landrecies, Avesnes, Maubeuge et Douai. Retour à dix heures du soir à Valenciennes tout illuminée. "En témoignage de la satisfaction que lui ont fait éprouver l'amour et le dévouement des habitants de Valenciennes et pour récompenser de longs et dévoués services, Son Altesse Royale décora Mr le Maire de la croix de la Légion" et Benoist aîné de signer le compte rendu : Maire de Valenciennes, Membre de la Légion d'honneur !

Patatras, le 20 mars 1815 : retour de l'Empereur. Benoist aîné avale la couleuvre sans broncher. Le 26 mars, le Conseil est convoqué pour décider de la "publicité" qui sera faite à cet événement, "nouvelle preuve de la force de son génie et de son caractère (on parle de Napoléon)" pour que le public "puisse se livrer à la joie et donner des témoignages éclatants de sa satisfaction." Le maire invite les habitants à arborer le drapeau tricolore sur leur maison et à porter la cocarde ; et le Conseil décide que, en accord avec le Général commandant d'armes (Louis Emmanuel Rey, 1768-1846), les officiers et détachements de chaque corps se joindraient en défilé au corps municipal pour la lecture publique de la proclamation de Napoléon au peuple français.

Emmanuel Rey par Forestier
(image extraite de Wikipédia)

Dans la foulée, le 22 avril suivant, Benoist aîné, tout son Conseil municipal, le commissaire de police et ses agents, prêtent solennellement serment de fidélité : "Je jure obéissance aux lois de constitution de l'Empire et fidélité à l'Empereur". Seul Dinaux, adjoint au maire, a refusé de prêter ce serment.

Mais Waterloo déroule sa morne plaine, et le 19 juillet le maire (pour quelques semaines Louis François Merlin d'Estreux, baron de Maingoval, 1753-1824) donne lecture d'une lettre du Gouverneur Rey, avec ordre d'arborer le drapeau blanc et de porter la cocarde blanche. Le baron ajoute cette touche, parce que la ville est assiégée par les Anglais : "De l'union dépend le bonheur de la nation et celui de chaque individu : tous les discours et toutes les actions doivent tendre à ce but." Il parle bien sûr de l'union au roi Louis XVIII.

Un roi qui, le 30 juillet 1815, rend à Benoist aîné sa fonction de maire, ainsi qu'à tous les membres du Conseil municipal. Tout à son bonheur, Benoist organise une grande cérémonie pour informer les habitants de la bonne nouvelle, "un acte de l'autorité de la justice et la bonté toute paternelle du plus grand des monarques". Il exulte de voir se joindre à son initiative le Lieutenant général Rey Gouverneur de cette ville, le général St Martin de son état major (Jean Etienne de Saint-Martin, 1762-1828), le général baron Dellard (Jean Pierre Dellard, 1774-1832) commandant la place, les membres des tribunaux civils et de commerce, les juges de paix et tout le public qui se portait "sur la grande place". Vive le roi, Vive les Bourbons, Vive la famille royale ! Un Te Deum est célébré à Saint-Géry "en action de grâce de cet événement heureux qui nous a rendu notre souverain légitime". Enfin on nomme une commission de cinq membres pour rédiger "un projet d'adresse qui renforce les sentiments dont les habitants de cette ville sont vivement pénétrés."

Le Général Baron Dellard
(image extraite du site bertrand-malvaux.com)

Conclusion du maire : "Ce jour mémorable qui voit s'anéantir pour toujours le despotisme qui opprimait les Français est le précurseur de la félicité dont cette ville va jouir. Tous les habitants sans distinction du riche au pauvre ont manifesté leur joie, leur contentement fort avant dans la nuit par une illumination brillante et générale, par des promenades et des cris d'allégresse en ne cessant de répéter cet air chéri de Vive Henry IV, lui donnant pour refrain Vive le Roi, Vivent les Bourbons."

Retournez au début de mon article, et relisez ce qu'il disait du "plus grand homme d'Europe", de "l'homme qui a sauvé la France", de "l'immortel héros qui nous gouverne". Benoist aîné n'a jamais eu peur de s'étrangler, ni de craquer sa veste en la retournant sans cesse.

mercredi 24 décembre 2025

Qui est ce “bey d'Egypte“ pourtant né à Valenciennes ?

En 1849, à la demande de la Société d'agriculture de Valenciennes — qui veut à l'époque se constituer sa “galerie des hommes illustres“ — le sculpteur Henri Lemaire réalise le buste de Charles Lambert, dit Lambert bey. Qui donc est ce personnage ?

(Webmuseo)

(Archives départementales du Nord, état-civil de Valenciennes)

Charles Joseph Lambert est né à Valenciennes le 2 mai 1804 (12 Floréal an 12), fils de Jean Lambert, marchand de toilettes (de linon, de batiste) au 131 rue de Cambrai (qui deviendra la rue de Famars), et d'Agnès Braconnier. La famille est originaire d'Aubry-du-Hainaut, où les Lambert sont, de génération en génération, “ouvriers du bois“.

On retrouve tous les Lambert-Braconnier dans la même maison au fil des recensements jusqu'en 1823, où l'on constate que le logement contient alors deux familles, celle de Jean et Agnès, et celle de leur fille Célestine, qui a épousé Joseph Daigremont, militaire de son état :

Recensement de 1823, 131 rue de Famars
(Archives municipales de Valenciennes)

Charles avait en effet trois soeurs, Narcisse, Sophie et Célestine, et un frère, Constant.

Les Lambert ne sont plus à Valenciennes en 1831, et Geneanet m'apprend qu'en effet Jean et Agnès sont tous deux décédés à Paris, lui en 1827, elle en 1834.

Selon le dictionnaire "Le Maitron" (maitron.fr, article de Philippe Régnier), le père de Charles fut "un petit commerçant ruiné, semble-t-il, et devenu domestique". L'auteur poursuit : "Charles Lambert, boursier de la ville de Valenciennes, fit ses études secondaires dans cette ville et à Douai, puis entra à Polytechnique en 1822 et aux Mines en 1824." Son premier poste d'ingénieur le conduit en Bretagne, à Rennes. Et dès 1829, il fréquente le cercle saint-simonien, qui fera de lui ce qu'il va devenir…

Je ne peux pas ici expliquer ce qu'est le saint-simonisme, cela nous emmènerait dans des contrées trop éloignées de mon sujet. Un Polytechnicien contemporain, Jean-Pierre Callot, en donne cette définition résumée : "elle (la doctrine) avait pour objet de transformer la société en adaptant l'Etat aux nécessités de l'industrie. […] Les emplois et les richesses devaient être distribués selon la formule “A chacun selon ses capacités, à chaque capacité selon ses oeuvres“." 

Après la mort de son fondateur en 1825, cette doctrine aurait pu disparaître n'eût été le vif intérêt que lui porta très tôt Prosper Enfantin, considéré aujourd'hui comme le porte-flambeau du saint-simonisme (et qui, lui, eut un père qui fit faillite et fut ruiné).

Prosper Enfantin en 1832
(Wikipedia)

Il est en tout cas le “chef“ de ce cercle que fréquente Charles Lambert à partir de 1829, un chef auquel il va rester fidèle en dépit de toutes les vicissitudes vécues au sein même du groupe. Vers 1830, rapporte Jean-Pierre Callot, "le saint-simonisme se transforma d'un mouvement philosophique en secte religieuse." On appelle Enfantin “Le Père“. Un “Collège“ de seize membres, parmi lesquels Lambert, forme le clergé et porte un uniforme dessiné par le chef. Les groupes de province sont organisés en “églises“ …

Tunique bleue, pantalon blanc, gilet blanc bordé de rouge, ceinture de cuir noir,
écharpe et toque rouge : l'uniforme saint-simonien
(Wikipedia)

En 1833, Enfantin décide de s'intéresser à l'Egypte et part à Alexandrie, accompagné de nombreux disciples parmi lesquels, à nouveau, Charles Lambert. Jean-Pierre Callot raconte : "Enfantin révéla à Mehemet Ali (le pacha vice-roi d'Egypte) quel était le grand dessein qui l'avait amené en Egypte : le percement de l'isthme de Suez. Le vice-roi fut vivement intéressé ; mais il avait deux autres projets en tête : la construction d'un chemin de fer […] et l'édification d'un grand barrage sur le Nil ; finalement, il décida qu'on ferait le barrage."

Mehemet-Ali en 1840
(Herodote.net)

L'équipe saint-simonienne est choisie pour mener le chantier, mais l'humeur du pacha est versatile, et Enfantin doit quitter le pays en 1836, après que la peste a décimé l'équipe. Lambert, lui, reste. Dans le "Bulletin de la Sabix" édité par l'école Polytechnique, Michel Levallois écrit en 2004 : "Le premier et le plus remarquable des coopérants militants emmenés par Enfantin est le polytechnicien et ingénieur des Mines, Charles Lambert (1802-1864). Il a accompli toute sa carrière dans ce pays où il est resté vingt ans […]. Il créa l'École des mines qu'il dirigea de 1836 à 1840, puis l'École polytechnique de Boulaq (un quartier du Caire) qu'il dirigea de 1840 à 1849. […] Membre du conseil supérieur de l'Instruction publique, Lambert a participé à l'élaboration de toutes les réformes du système scolaire en étroite liaison avec le ministre Ethem bey. Il a assumé également de multiples expertises techniques. Le bilan qu'il a dressé en 1849 des travaux qu'il a menés et auxquels il a prêté son concours sous le règne de Méhémet-Ali est éloquent : barrage du Nil, chemin de fer et canal de Suez, irrigation, mines, topographie et cartes, organisation des travaux publics, programmes et inspection des écoles, Observatoire, Poudres et Salpêtres, fabriques de papiers et d'indiennes, voirie, ponts et chaussées, distribution des eaux du Caire."

Charles Lambert bey
(Bibliothèque de l'Institut)

Ses services furent récompensés par le titre de “bey“ en 1847 (titre décerné aux hauts fonctionnaires), d'où le nouveau nom qu'il adopta : Lambert bey.

S'il est resté en Egypte pour travailler et donner une réalité aux principes du saint-simonisme, Charles Lambert y a aussi trouvé une liberté débridée dans sa vie privée. Il se déclarait, écrit le dictionnaire Le Maitron, "partisan de la multiplicité de préférence" — il parlait en l'occurrence des femmes. En Egypte, il fut l'amant de Suzanne Voilquin (saint-simonienne) puis de Judith Grégoire, avec qui il eut une fille (Aline Prospère Pénélope). Il eut aussi un fils, Saïd Youssef Prosper Lambert, avec une Egyptienne, Mariam Sabikha — laquelle avait une soeur, Anéné Sabikha, qui eut elle-même une fille avec Michel Bruneau, saint-simonien et membre de l'équipe emmenée par Enfantin. Cette fille, Pauline Bruneau, épousa Lambert en 1844 ; ils eurent ensemble une fille, Safiya Sophie Agnès Célestine Lambert, qui mourut à Paris en 1856 à l'âge de 9 ans. Le fils aîné, né en 1838, devenu horloger-bijoutier au Caire, eut sur place une descendance connue jusqu'à l'époque de Nasser.

Charles Lambert bey photographié par Maxime du Camp
(Gallica)

En 1851, Charles Lambert rentre définitivement à Paris. Il devient conservateur des archives du mouvement saint-simonien, et consacre son temps à l'étude de questions philosophiques. En 1861, il participe à la création d'une société d'assistance mutuelle en faveur des disciples et sympathisants du mouvement, et y contribue financièrement.

Il décède en 1864. Le 15 février, il est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris, une cérémonie à laquelle assiste Gustave Flaubert. Sa chapelle contient un vitrail qui le représente.

(photo Pierre Giard)

Notre musée garde aujourd'hui dans ses réserves son buste sculpté par Henri Lemaire. Pour autant, Valenciennes n'aura guère profité de ses lumières, ni de son pragmatisme.

mardi 11 novembre 2025

Qui furent ces Rosières promises à des militaires ?

A feuilleter les pages des délibérations du Conseil municipal, on tombe parfois sur des histoires étonnantes. Par exemple, cette décision de Napoléon Ier, Empereur des Français, de marier un de ses braves grognards avec une jeune fille pure et sage à chaque anniversaire de son couronnement (qui eut lieu le 2 décembre 1804). Charge aux conseils municipaux des villes ayant plus de 10.000 francs de revenus – donc à celui de Valenciennes – de sélectionner la demoiselle (la Rosière) et le soldat ou ancien soldat de l’Empire qu’elle épousera.

Le Sacre de Napoléon, par David
Musée du Louvre

La ville a reçu le 14 novembre 1807 un arrêté du Préfet du Nord lui ordonnant de prévoir une dot à prendre sur les revenus communaux et à allouer « à une fille sage de la commune qui sera mariée à un homme ayant fait la guerre » ; la ville doit aussi « déterminer le choix de la fille à marier et les frais de la fête anniversaire » qui aura lieu le 6 décembre.

 

François de Pommereul, Préfet du Nord
Wikipedia

Obéissant, le Conseil municipal vote le 23 novembre une somme de 600 francs pour la dot et 150 francs pour le trousseau. Ces 150 francs seront pris sur les 1.200 francs prévus pour la fête : illumination, bal public, distribution de pain aux pauvres « et autres divertissements ». Une deuxième délibération (le 27 novembre) entérine le choix de Monsieur le Maire, Benoist aîné, qui a « enfin réussi » à trouver un couple réunissant toutes les qualités nécessaires, car « l’embarras était de trouver en un si court espace [de temps], une fille qui réunit les qualités exigées et qui fut en même temps aimée d’un militaire ayant fait la guerre ».

L’heureuse élue s’appelle Marie Anne Philippine Debosse, « qui a été reconnue pour une fille tranquille, probe, sage et laborieuse, ce sont les termes du certificat joint du commissaire de police, » précise Monsieur le Maire. Elle a 23 ans, elle est “plieuse de toilettes“ (pour le transport des grands draps). Son fiancé, son “prétendu“ comme dit le maire, présente des informations tout aussi satisfaisantes, « ainsi qu’on le voit des attestations des Sieurs Cuvelier et Pochez, blanchisseurs » chez lesquels il a travaillé. Le jeune homme, âgé de 33 ans, s’appelle Jean Baptiste Frelon. Il est bardé de certificats qui retracent ses campagnes militaires, deux ans à l’armée du Rhin, deux ans à l’armée du Hannover (la légion Hanovrienne), l’expédition d’Irlande de l’an 5, tous régiments où il s’est toujours comporté « avec honneur et probité ».

 

Archives départementales du Nord, état-civil de Valenciennes


Monsieur le Procureur impérial près le tribunal de Valenciennes ayant accordé sa dispense pour la seconde publication des bans (vu le délai très réduit), le mariage se déroule comme prévu le dimanche 6 décembre 1807 au milieu des festivités célébrant l’anniversaire du couronnement de l’Empereur « et de la bataille d’Austerlitz ». Quatre membres éminents du Conseil municipal servent de témoins et signent l’acte officiel, ce que les deux époux n’ont pu faire, « pour ne savoir écrire ». Le mariage sera une réussite : Monsieur et Madame Frelon auront six enfants, nous apprend Geneanet.

 

Pas de Rosière en 1808, mais en 1809, le 25 octobre, Monsieur Benoist aîné Maire, qui s’y est pris cette fois à l’avance, présente une candidate qui va plaire à tout le monde : Marianne Brasseur-Dangreaux. « C’est la fille d’un ancien militaire mort sous-lieutenant à St Domingue, précise-t-il ; l’époux qu’elle a choisi est aussi le fils d’un militaire, c’est le nommé Charles Joseph Rollet à qui ses services et les blessures qu’il a reçues aux Batailles de Wagram et de Znaïm ont mérité une solde de retraite. » Monsieur le Maire, tout content de sa trouvaille, entrevoit un bel avenir pour ces jeunes gens : « leur union sera heureuse, étant tous deux de la même condition, et ayant sucé, pour ainsi dire, avec le lait, l’amour pour leur patrie. » Jolie formule !

Le Conseil municipal approuve, et délibère « qu’il sera dépensé une somme de deux cents francs pour leur trousseau », à prendre sur les 1.500 francs alloués au budget communal pour les fêtes publiques, les mêmes qu’en 1807 est-il précisé.

 

Archives départementales du Nord, état-civil de Valenciennes

Le mariage a lieu le 3 décembre 1809, jour de la commémoration du couronnement de Napoléon. Charles Joseph Rolez a 32 ans, il est « chasseur de la compagnie d’élite au vingtième régiment à cheval » et deviendra préposé des douanes ; Marie Anne Danguerieaux (dite Brasseur) a également 32 ans, elle est “fille de confiance“ (servante, domestique) ; elle porte deux noms parce qu’elle est “fille naturelle“ : Danguerieaux est le nom de sa mère, Brasseur le nom de son père. Ils ne signent pas leur acte de mariage faute de savoir écrire, mais leurs témoins sont de hautes personnalités locales : le président du tribunal civil (Adrien Perdry), le président du tribunal de commerce (Pierre Carez), le commandant de la place de Valenciennes (François Jeannin), et le maire en personne (François Benoist).

 

Banquet du mariage de Napoléon et Marie-Louise d'Autriche
Château de Versailles

L’année 1810 est un peu spéciale, c’est celle du remariage de Napoléon (il épouse Marie-Louise d’Autriche le 2 avril) et notre empereur a cette fois l’idée de marier 6000 militaires de ses armées avec 6000 jeunes filles pures et sages. Valenciennes compte parmi les villes qui doivent célébrer dix mariages, ce qui nous vaut une délibération du 6 avril 1810 où les membres du Conseil municipal sont invités à entériner les choix du maire qui a rencontré les dix candidats. Ces anciens soldats produisent soit leurs états de service, soit leurs blessures (tel a perdu un bras à la bataille de Wagram, tel autre « a un doigt de moins », un troisième « blessé d’un coup de feu à la bataille ») et annoncent les noms de leurs “prétendues“ « dont on a de bons renseignements ». A noter qu’une des jeunes filles refusera de se marier, mais le maire trouvera un couple de remplacement. Tous ces mariages se dérouleront le 23 avril 1810, avec, à nouveau, des personnalités locales comme témoins.

 

Mais 1810 aura sa Rosière ! Et le Conseil municipal devra, en ce 23 novembre, choisir entre plusieurs concurrentes. Il faut bien avouer que la dot, qui se monte à 600 francs désormais, représente pour les familles une petite fortune, et mérite qu’on se donne du mal pour la gagner. Mais je trouve que le “concours“ commence à prendre une tournure indélicate, car parmi les quatre concurrentes de 1810 (une couturière, une fileuse, une brodeuse, et la fille d’un couvreur « honnête et laborieux ») le Conseil choisit une demoiselle dont la famille est “protégée“ par le président du Tribunal de première instance de Valenciennes qui « la recommande particulièrement » : Hélène Creteur, 19 ans, la fille du couvreur. Son fiancé, Emmanuel Dandrieux, a 35 ans, il est cordier et ancien militaire (il était « Cornet des voltigeurs du 1er bataillon du 94erégiment d’infanterie de ligne »). La délibération énumère ses faits d’armes successifs : bataille d’Austerlitz, bataille d’Iéna, prise de Lubeck, bataille de Friedland, etc etc, jusqu’en décembre 1808 où il « a reçu un coup de feu à la main droite » et sa carrière militaire s’arrête.

 

Le mariage a lieu le 2 décembre 1810, tout le monde signe l’acte y compris les témoins : le déjà nommé président du Tribunal civil de première instance (Adrien Perdry), le directeur des fortifications (Antoine Vinache), le baron de Maingoval en sa qualité de chef de légion des Gardes Nationales, et le maire François Benoist. Selon Geneanet, le couple vivra longtemps et aura huit enfants.

 

Blason de Merlin d'Estreux, baron de Maingoval

Archives départementales du Nord, état-civil de Valenciennes

 

Marie-Louise et son fils
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En 1811 une première Rosière est nommée pour célébrer la naissance du Roi de Rome (il est né le 20 mars). Des fêtes seront organisées en juin, et le Conseil municipal choisit l’heureuse élue le 18 mai. Cette fois cinq concurrentes sont en lice, et l’on demande aussi aux fiancés comment ils ont l’intention d’utiliser le montant de la dot « si leur future l’obtient » (tous répondent qu’ils monteront un petit commerce, sauf l’un d’eux qui en profiterait pour reprendre son ancien métier de charron). Cette fois également, les concurrentes font valoir l’existence de leurs “protecteurs“ : le curé de Notre-Dame, notamment, soutient deux d’entre elles. Mais c’est le fiancé de la gagnante qui va emporter le morceau grâce à des arguments indiscutables, notamment que son couple avait été candidat en 1810 et qu’il aurait gagné sans la recommandation du Président du Tribunal. Lui-même sort sa carte d’atout : « Il est recommandé par Mr le Général Daubigny (Nicolas Cugnot d’Aubigny, Chevalier de l’Empire) commandant d’armes en cette ville et membre du corps législatif. » Le Conseil municipal s’aligne et la Rosière est nommée : Marie Fauvergenne, 26 ans, couturière, qui épousera le 9 juin 1811 François Bougenier, 25 ans, écrivain, commis au greffe de la Cour prévôtale, ex caporal au 19e régiment de ligne. Les témoins sont toujours les mêmes personnalités locales : le président du Tribunal de 1e instance, le directeur des fortifications, le commandant de la place de Valenciennes, le chef de légion de la Garde Nationale et le maire.


Archives départementales du Nord, état-civil de Valenciennes

En 1811 toujours, une deuxième Rosière, celle de l’anniversaire du couronnement, est choisie le 15 novembre parmi « les jeunes personnes qui se sont présentées ». La délibération n’en donne pas le détail, mais la gagnante est Adélaïde Cado, qui s’était déjà présentée le 18 mai. Elle a 38 ans, elle est “fille de confiance“. Le Conseil lui accorde, en plus de la dot, une somme de 100 francs pour son trousseau. Elle épouse le 1erdécembre 1811 Louis Dophin, 27 ans, ex-militaire blessé à Wagram, qui reprendra donc son métier de charron grâce à la dot napoléonienne. Ni l’époux ni son père ne savent écrire. L’acte mentionne les six témoins : le grand prévôt de la Cour des Douanes, le président du Tribunal de 1e instance, le président du Tribunal de Commerce, le directeur des fortifications, le Baron de Maingoval, et Benoist aîné le maire.

 

Archives départementales du Nord, état-civil de Valenciennes

Le 18 novembre 1812, le Conseil municipal est réuni pour choisir une Rosière qui doit être dotée « le jour anniversaire du couronnement de S.M. l’Empereur et Roi notre auguste et immortel souverain ». Deux candidates se présentent, sans protecteurs cette fois. Celle qui va gagner le concours, Marie-Rose Greffe, 29 ans, est “fille de confiance“ chez un marchand brasseur de Valenciennes, Pluchart-Pochez ; son fiancé, Jacques Hotte, 37 ans, ancien militaire, est “premier garçon brasseur“ chez Pluchart-Pochez lui aussi. Il est pensionné « pour blessures reçues à la Grande Armée » et neveu du Général Hotte. L’autre candidate n’avait que des certificats de bonne conduite à produire, même signés du curé de Saint-Géry cela n’a pas suffi.

 

Archives départementales du Nord, état-civil de Valenciennes

Le couple Hotte-Greffe se marie le 6 décembre 1812. Selon Geneanet, le fiancé était divorcé d’un premier mariage et père de trois enfants – mais son acte de mariage avec la Rosière n’en dit rien. Les témoins sont les mêmes que pour la rosière précédente, sauf le président du Tribunal de 1e Instance qui n’est pas là. Les époux ne savent pas écrire et ne signent pas.

 

Le 15 novembre 1813, une nouvelle Rosière est nommée pour le jour anniversaire du couronnement. Le Conseil ignore évidemment que ce sera la dernière. Le choix se porte, entre deux candidates, sur une “fille de confiance“ de 22 ans. Voici la délibération : 

« Marie Eleonore Habo âgée de 23 ans (sic) demeurant à Valenciennes chez la Dame Delafontaine dit Wicart depuis plusieurs années, est admise pour la Rosière de cette année, elle sera mariée à Léopold Albert Joseph Ronvaux militaire retraité du 120e Régt de ligne, ayant servi depuis le 21 pluviose an XI jusqu’au 26 septembre 1809, a fait les campagnes des années 12 au camp d’Ambleteuse, 13 et 14 en Hanovre, 1806 en Hollande, 1807 au camp de Boulogne et 1808 à l’armée d’Espagne, blessé d’un coup de feu au bras gauche à l’affaire de Rioseco le 14 juillet 1808.

Elle recevra la dot de 600 francs assignée par S.M. et 100 francs que Monsieur le Maire a promis pour le trousseau à prendre sur le crédit accordé pour les fêtes publiques.

            Fait en séance le 15 novembre 1813. »

 

Archives départementales du Nord, état-civil de Valenciennes

Le mariage est célébré le 5 décembre 1813, seul l’époux ne signe pas l’acte. Les témoins sont le grand Prévôt de la Cour des douanes, le président du Tribunal de Commerce, un chef de bataillon du Génie chevalier de l’Empire, le commandant de la place de Valenciennes et le maire.

 

Comme on le sait, Napoléon a commencé à avoir de sérieux problèmes en 1814, et les anniversaires du couronnement ont pris fin. Les Rosières de Valenciennes devront attendre plusieurs années avant de réapparaître : leur histoire reste à écrire.