mercredi 16 août 2023

Qui est ce bâtisseur de "châteaux" Art Déco ?

 Les amateurs d’architecture insolite connaissent tous, à Valenciennes, l’existence de cette villa “gréco-romaine“, située (de nos jours) entre tramway et supermarché, et que les spécialistes – notamment le Comité de sauvegarde du patrimoine valenciennois – appellent “Villa Pompéion“.

La "Villa Pompéion" (photo Philippe Anglade)

Ces mêmes amateurs racontent qu’elle est l’œuvre d’un architecte nommé Maxime Audhoin, qui l’aurait dessinée pour la présenter à l’Exposition internationale des Arts Décoratifs et Industriels de Paris en 1925. Elle aurait beaucoup plu à un couple de Valenciennois qui, donc, l’aurait fait construire rue Louise d’Epinay.
 
(photo Google Streets)

Sauf que cette information est invérifiable. Par exemple, Maxime Audhoin ne figure pas, malgré la beauté indiscutable de la maison, parmi les très nombreux lauréats ayant reçu un prix – même tout petit – lors de cette Exposition de 1925. Et on ne peut pas non plus entrer dans la propriété (privée) pour vérifier si l’architecte a signé et daté le bâtiment, comme il l’a fait pour d’autres constructions toujours présentes dans nos rues.

Ces autres constructions, j’en ai trouvé trois, bien avérées celles-là.
 
La première, boulevard Watteau. En 1931, il dessine une grande maison d’habitation pour Monsieur Marcel Belotte (qui est dit vice-président de l’Union Sportive Valenciennes-Anzin en 1937).
 
55 boulevard Watteau à Valenciennes (photo personnelle)

Les archives de la Cité de l’Architecture à Paris ont conservé les plans originaux, où l’on découvre une sorte de “Villa Cavrois“ (j’y vais fort, disons : un petit château) où chaque pièce est pensée pour le confort et l’agrément du propriétaire – sans oublier de quoi épater les visiteurs. 

Je vous fais visiter :

 

Mes dessins à partir des plans originaux : à gauche le Rez-de-chaussée, à droite le 1er étage.

Au rez-de-chaussée vous pénétrez dans la maison par un “Péristyle“ donnant directement sur le boulevard et ouvrant sur le “Vestibule“ ; au fond, dans l’axe, une fontaine lumineuse trône au pied du “Grand escalier“ qui mène à l’appartement. Au pied de cet escalier, une porte permet à la bonne d’accéder à ses quartiers ; sinon, l’entrée des domestiques se fait par le jardinet : passant sous un “Porche“, ils accèdent à l’office, à la cuisine, à la laverie, et à un escalier séparé qui mène à l’étage. Au fond du bâtiment enfin, se trouve le garage – semble-t-il pour deux voitures – flanqué d’un atelier, de mécanique je présume.

A l’étage le grand escalier débouche sur une “Galerie“ qui s’ouvre largement sur un immense “Studio“, très lumineux avec sa grande fenêtre. C’est un studio de photographe, je présume, puisqu’un cabinet tout proche est estampillé “Laboratoire photo“. Du côté du jardinet, un grand “Bureau fumoir“ n’est séparé des chambres que par l’escalier de service. Les plafonds sont lumineux et l’architecte a dessiné jusqu’aux jardinières des fenêtres.
Je n’ai pas trouvé le plan légendé du second étage. Mais à moins de prendre ses repas dans le bureau fumoir – le monte-plats est tout à côté – il manque à mes yeux une pièce essentielle dans cette maison…

Mais qu’importe mon point de vue, c’est celui de Marcel Belotte, le client, qui compte. Et celui-ci trouve les belles idées de Maxime Audhoin beaucoup trop chères ! Les archives de la Cité de l’Architecture ont conservé les courriers échangés entre l’entrepreneur (Bantégnies Frères à Valenciennes), l’architecte d’exécution (Bergeaud à Lille) et le spécialiste du béton armé (maison Hennebique à Paris), chacun enjoignant l’autre de baisser ses prix. Maxime Audhoin lui-même revoit ses plans, enlève des fioritures, réduit le nombre d’arrondis, simplifie des accès – mais garde la fontaine lumineuse !
Aujourd’hui le rez-de-chaussée est occupé par une compagnie d’assurances et sa façade ne ressemble plus du tout au dessin de Maxime Audhoin. Le jardinet a disparu, une grande allée mène désormais à un parking en sous-sol. Mais le reste est intact : la silhouette générale de la maison, le fronton décoratif, les colonnes couvertes de céramiques, les fleurs en bas-relief dans le béton.
 

Céramiques, bas-reliefs, voici pourquoi on appelait ce style Art Déco
(photos personnelles)

La décoration des murs, c’est aussi ce qui frappe dans le deuxième bâtiment signé Maxime Audhoin et toujours présent à Valenciennes. C’est un grand immeuble de cinq étages, situé avenue du Sénateur Girard. Il n’est plus photographiable, entièrement caché par les arbres et leur épais feuillage. Par chance, un contributeur du site « pss-archi.eu » a pu profiter un jour d’une opération d’élagage :

(Photo prise en 2020 par "Nekobasu" pour pss-archi.eu)

Vu de loin on se demande ce qu’il a d’Art Déco, mais vu de près on retrouve les fleurs en bas-relief dans le béton armé, et les parements non plus en mosaïques mais en briquettes. Sans oublier, bien sûr, la signature de l’architecte, qui date la construction de 1933.



31 avenue du Sénateur Girard (photo personnelle)

(photo personnelle)

La même signature apparaît encore (un peu effacée) sur le troisième immeuble toujours présent à Valenciennes, tout voisin de la Chambre de Commerce, à l’angle de l’avenue du Sénateur Girard et du boulevard Beauneveu. 


1 boulevard Beauneveu (photo personnelle)

Aucun bas-relief, aucune mosaïque, mais le style reste indéniablement Art Déco. Et il faut souligner la délicatesse de la ferronnerie sur la double porte à gauche :
 

Cette maison du boulevard Beauneveu est construite sur le “bras de décharge“ du canal de l’Escaut, c’est-à-dire sur l’ancien tracé du fleuve qui passe en ville, désormais sous le boulevard Froissart. Avant de commencer les travaux, Maxime Audhoin en demande l’autorisation, en octobre 1933, à la municipalité. Cela nous vaut – conservé par les Archives municipales – un échange de courriers entre les différentes administrations concernées (ville, voirie, voies navigables, ponts et chaussées), pour arriver six mois plus tard à la conclusion que le fleuve appartient à l’Etat, non à la ville, et qu’en respectant quelques règles tout propriétaire peut bâtir ce qu’il veut.
Cela nous vaut aussi de posséder un exemplaire de la signature manuscrite de l’architecte :
 
(Archives municipales de Valenciennes)

Voici donc apparaître l’homme derrière les maisons. Qui était-il ? J’ai mené ma petite enquête, et j’ai découvert un personnage extrêmement actif.

Il est né le 14 décembre 1883 à Saint-Amand-de-Boixe en Charente. Il n’a pas vingt ans, en 1902, quand il s’engage dans l’armée pour quatre ans, au 2régiment de Hussards à Senlis.
 
"Senlis - Quartier Ordener - 2e Hussards" 
(image extraite du site chtimiste.com)

"Hussards à cheval, début 1900"
(image extraite du site e-Bay.com)

Ses papiers militaires nous apprennent qu’il a les cheveux châtains, les yeux gris bleu, et qu’il mesure 1,74 m.
Il est nommé brigadier en 1903, puis brigadier-fourrier (chargé des écuries), puis maréchal-des-logis en 1904. La compagnie des chevaux ne va pas lui être de tout repos, car il va subir deux accidents durant cette période : en décembre 1904, sa jument se cabre, s’affale à terre, et « en se relevant elle envoya à ce sous-officier (Audhoin) un coup de pied en pleine figure qui lui brisa 3 dents. En outre il eut dans sa chute l’épaule droite démise
[1]. » En janvier 1905, à nouveau, le cheval dont il s’occupe « lance une violente ruade dans la direction du Mal des Logis Audhoin qui fut atteint de plaie contuse de la jambe droite[2]. » Il gardera une claudication suite à cette fracture.
Libéré en 1906, il sera rappelé lors de la mobilisation générale de 1914 et servira durant toute la guerre, jusqu’en 1919. Il fait partie du 19escadron du Train, basé à Paris, et s’occupe donc de ravitaillement. 
 
"Quartier du 19e Escadron du Train des Equipages Militaires.  Corps de Garde. Bâtiment B."
(image extraite du site amtcollections.fr)

Ce képi rouge vif du 19e ETEM date de 1909
(image extraite du site lefantassin.fr)

Dès 1914 il est nommé adjudant. En 1917 il connaît son troisième accident de cheval : sur un pavé rendu glissant par la pluie, sa monture « s’abattit entrainant dans sa chute l’adjudant qui fut atteint de contusions et entorse de l’épaule et du coude gauches.[3] » Enfin, il est « mis en congé de démobilisation illimitée » le 16 mars 1919.
 
Avant la guerre il a commencé son métier d’architecte dans la commune de L’Aigle, dans l’Orne. On le trouve cité dans le recensement de 1911 avec cette profession. C’est probablement à cette époque qu’il a travaillé pour les “Tréfileries et Laminoirs du Havre“ à Rugles, commune située dans l’Eure mais toute voisine de L’Aigle.
 
"Tréfileries & Laminoirs du Havre - Usine de Rugles - Groupe de W.-C. en Ciment armé avec fosse septique automatique. Maxime Audhoin, Architecte"
(image extraite du site alamyimages.fr)

C’est aussi à cette époque qu’il fait la connaissance de Louise Emélie Leclerc, qu’il épousera à Paris en 1914, juste à la veille de la guerre. Elle est née à L’Aigle le 17 juillet 1890. Sur le recensement de 1911, elle vit chez ses parents avec sa fille, Réjane Leclerc, née en 1909 ; après le mariage de sa mère, cette petite fille sera toujours appelée Marthe Audhoin…
En 1917 naît une deuxième fille, Jacqueline, à Suresnes, où la famille est domiciliée ; elle l’est toujours en 1919. Une question se pose alors, car l’histoire du “château de Famars“, près de Valenciennes, construit par un certain Henri Harpignies qui n’est pas le peintre, mentionne l’intervention de notre architecte. Par exemple, le site hainautpedia.vallibre.fr déclare : « En 1918, Henri Harpignies, sous la direction de l’architecte Maxime Audhoin, va commencer l’édification du château actuel. » Or, en 1918, Audhoin était sous les drapeaux et habitait Suresnes…
Ce n’est qu’en 1923 qu’un document un peu officiel indique que Maxime Audhoin est « architecte à Valenciennes » : il s’agit des résultats d’un concours organisé par l’Office municipal d’Habitations à bon marché, pour lequel une prime spéciale est attribuée à « Maxime Audhoin et Maurice Ricq, architectes à Valenciennes », eu égard à « la valeur exceptionnelle » de leur projet – et bien qu’ils n’aient pas gagné le premier prix
[4].
A partir de 1926, la famille Audhoin sera installée au 2bis rue du Rempart, dans le “nouveau quartier“ de la gare de Valenciennes. Une troisième fille y naîtra en 1928, Claudine.
 
Recensement de Valenciennes, 1931, rue du Rempart
(Archives départementales du Nord)

Entête de lettre, 1933
(Archives municipales de Valenciennes)

Ce quartier de la gare, Maxime Audhoin va s’y investir totalement. Nul doute que cet homme-là aimait la fête, car il se porte organisateur de nombreuses animations pour les habitants. Les festivités pouvaient durer trois jours, comme en 1929 où elles ont lieu les 20, 21 et 22 juillet. C’est toute une époque qui revit lorsqu’on lit le programme de ces journées, avec les démonstrations de gymnastique, les concours de jeu de boule, les courses de garçons de café, les concours de beauté, les jeux de dames vivants, les lancers de ballons surprises, et les concerts et les bals en veux-tu en voilà… En 1928 il est nommé président du Comité du quartier, et à ce titre se trouve au premier rang des officiels lorsqu’ont lieu des festivités. J’espérais trouver son portrait dans la presse, en vain ; je ne peux proposer que des hypothèses par recoupement (c’est le chapeau qui a retenu mon attention sur ces deux photos trouvées dans la presse ancienne, à la Bibliothèque municipale de Valenciennes) :
 


Les concours de beauté et les bals « par haut-parleurs » ne sont pas les seules occupations de Maxime Audhoin. L’homme est également féru de courses de vélo. Dès 1896 (il a 13 ans), il participe à un “concours de coloriage“ dont le grand prix est une bicyclette “New York“… qu’il ne gagne pas[5]. Le 30 avril 1901 (à 18 ans), il se voit accorder sa licence vélo par la Commission d’amateurisme. Mais tout cela c’est avant ses accidents de cheval. Désormais, il fait du vélo via les clubs, notamment l’Avenir Cycliste Valenciennois, club de cyclistes amateurs sur lequel je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations, sinon que son siège se trouvait au Café de la Rotonde, place Cardon. « Le Guetteur » écrit même, le 4 juin 1927 : « Cette Société n’a plus besoin d’être présentée aux lecteurs ; elle est déjà trop connue dans la région pour que l’on ignore ses succès dans chaque course qu’elle organise. » Dommage pour les lecteurs du siècle suivant ! Reste que l’A.C.V. est un club très actif, qui en effet organise des courses à tire-larigot, notamment à chaque fête patronale en ville, ou entre Valenciennes et les villes alentours. Le club organise aussi des “premiers pas cyclistes“ (pour les athlètes qui n’ont encore jamais concouru) ainsi que le renommé “Grand Prix de l’Escaut“. Maxime Audhoin est cité président en 1933, 1934 et 1935. En 1935, il fait participer l’un de ses coureurs à une pré-sélection en vue des Jeux Olympiques de 1936 à Berlin, lequel remporte la course !

("Le Grand Echo du Nord" du 12 octobre 1935)

Au-delà de son quartier, Maxime Audhoin s'est aussi engagé pour la ville. Son père et son grand-père furent maires de leur commune respective, en leur temps. C’est peut-être ce qui a poussé notre architecte (déjà conseiller municipal à Suresnes) à se présenter aux élections municipales valenciennoises de 1935. Il était en deuxième position sur une liste menée par un dissident exclu de la Fédération républicaine, Gérard Fourès.

(Archives municipales de Valenciennes)

Les Archives municipales de Valenciennes ont gardé les documents électoraux de ces candidats de la Liste d’Action Républicaine et Sociale, qui veulent protéger « la petite bourgeoisie et le monde du travail ». Leur programme compte des promesses que j’imagine signées de Maxime Audhoin : « Nous établirons un programme de fêtes et concerts dans la ville dans le but d’amener les étrangers pour le plus grand bien du commerce local » ; « mise en chantier immédiat du percement de l’Avenue de Lille » ; « création d’un bureau de poste auxiliaire dans le quartier de la Gare » ; « prolongement de la rue Tholozé » ; « nous laisserons aux propriétaires de terrains la liberté de construire suivant leurs goûts et leurs moyens en se conformant aux règlements en vigueur d’hygiène et de voirie. Nous abrogerons la Convention Municipale du 20 juin 1927 relative aux constructions à édifier sur le Boulevard Beauneveu.[6] »

Rien de cela ne séduira les Valenciennois. Sur plus de 9.000 suffrages exprimés, Maxime Audhoin ne récoltera que 637 voix (et Gérard Fourès 712). C’est le maire sortant, Léon Millot, qui sera réélu.
 
Maxime Audhoin quittera notre ville comme il y est arrivé : sans crier gare. On le retrouve après la seconde guerre mondiale parmi les architectes qui vont participer à la reconstruction d’Athis-Mons et de Juvisy, dans l’Essonne. Il est cité une dernière fois à Etampes, toujours dans l’Essonne, où il faut reconstruire le Casino : « Des plans sont présentés en mai 1950 et à nouveau en mars 1951, mais l’idée initiale d’un cinéma est abandonnée au profit d’un dancing-restaurant avec brasserie. Maxime Audhoin en est l’architecte.[7] »
Il approche là les 70 ans. Je perds sa trace et son ombre s’efface – personne ne sait même ni où ni quand il est décédé. Il nous reste ses maisons, ses “petits châteaux“, plus pérennes qu’une course de vélo, qu’une élection de reine de beauté, ou qu’une décision d’adjoint municipal. Sa marque en ville.



[1] Archives de la mairie de Paris – Registres matricules du recrutement (1887-1921)
[2] Idem.
[3] Idem.
[4] Information parue in « L’Architecture usuelle », 1923.
[5] « Le Journal » du 30 avril 1896.
[6] Archives municipales de Valenciennes.
[7] « Le cinéma miroir de la société étampoise » par Clément Wingler, Bulletin de la SHAEH, 2003, consultable sur le site http://www.corpusetampois.com/che-21-wingler2003cinema.html

vendredi 14 juillet 2023

Que sont nos "fêt-nat" devenues ?

Rue pavoisée, par Eugène Louis Gillot

En cherchant dans "La Presse de Valenciennes" des informations sur un tout autre sujet, je tombe à la date du 11 juillet 1926 sur le programme des festivités prévues pour célébrer la Fête nationale. Je vous recopie la colonne intégralement. C'était une autre époque !


137e ANNIVERSAIRE DE LA PRISE DE LA BASTILLE

FETE NATIONALE DU 14 JUILLET

Programme des Réjouissances

Mardi 13 juillet

A 18 heures, Annonce de la Fête nationale par la cloche "Jeanne de Flandre" ; à 20 heures, sur le kiosque de la Place d'Armes, Concert par l'Harmonie des mineurs de Saint-Waast, Président : M. Demandre, Chef : M. Draux ; à 22 heures, Retraite aux flambeaux par les Troupes de la Garnison, les Sapeurs Pompiers municipaux, la musique de l'Ouvrière et les Trompettes Valenciennois, pendant la Retraite : Concert par le Cor-Club, Valenciennois, Président : M. Armbruster, chef : M. Houlné.

Mercredi 14 juillet

A 7 heures, sonnerie de "Jeanne de Flandre" ; à 9 heures sur la Place d'Armes, Revue des Troupes de la Garnison. Des emplacements seront réservés devant le Théâtre et de chaque côté de l'Estrade pour les Sociétés d'Anciens Combattants. MM. les Mutilés décorés de la Légion d'Honneur ou de la Médaille Militaire et les Dames de la Croix Rouge, sont invités à se joindre sur l'Estrade, aux Autorités. A l'issue de la Revue, remise de Médailles et de Diplômes dans le Cabinet de M. le Maire ; à 11 heures, Revue et Défilé des Sociétés Valenciennoises, le rassemblement aura lieu sur le Mail à 10h30 et la dislocation sur la Place de l'Esplanade, en parcourant l'itinéraire suivant : Place Cardon, Boulevard Carpeaux, Place du Canada, rue de Famars, Place d'Armes, rue de Lille, Place de la République, Place de Tournai, la Gare, Avenue du Sénateur Girard, Boulevard Beauneveu, Place de l'Esplanade. Avant le départ du cortège, les Autorités, accompagnées de tous les Présidents des Sociétés Valenciennoises, déposeront des fleurs sur le monument élevé aux morts de la grande guerre ; à 12 heures, sur la Place d'Armes, Concert Apéritif par l'harmonie "Soiecose", Président M. Rondberg, Chef M. Niederer ; à 13 heures 30 à l'ancienne citadelle : Tir à l'arc sur deux perches, organisé par la Société Saint-Charles des Archers Valenciennois ; à 14 heures 30 Fête de Natation organisée par la Société des "Nageurs Valenciennois" et le "Pélican Club", Traversée de Valenciennes à la nage, Championnat du Nord de grand fond : F.F.N.S. départ à 14 heures 30 du Quai des Mines, virage à l'Ecluse Notre-Dame du faubourg de Paris, arrivée au Quai des Mines (au faubourg de Lille) ; à 15 heures Quai des Mines, Pont jacob : Championnat du Nord de Sauvetage : F.F.N.S. ; de 14 heures à 17 heures, sur la Place d'Armes : Grande Exhibition de chiens de Police et de Défense organisée par le "Canine Club Valenciennois" ; Pendant le concours : Gonflement et lâcher d'un ballon sphérique de 900 mètres cubes, lâcher de ballons pilotes et de sujets grotesques, par les soins de l'Association Aéronautique du Nord de la France ; à 17 heures, sur la Place d'Armes : Concert par la Musique Municipale ; à 18h30 à l'Hôtel de Ville, salon des Abeilles : Tirage des Primes entre les Sociétés ayant pris part au défilé ; de 20 heures à 21 heures 30, sur la Place d'Armes : Grande Fête Acrobatique organisée par la Maison Pourtier, Attractions sensationnelles (voir le programme spécial) ; à 22 heures sur la Place d'Armes : Feu d'Artifice tiré par les Etablissements Ruggiéri ; à 22h30 sur la Place d'Armes : Bal à Grand Orchestre ; Illuminations de l'Hôtel de Ville et des Etablissements Communaux. Les Habitants sont priés de pavoiser. Distribution de Denrées aux indigents et de friandises aux orphelins et vieillards. Lutte de jeu de balle à main nue sur tous les ballodromes de la ville. Le programme détaillé de toutes les festivités sera distribué gratuitement.

Semaine du 11 au 18 Juillet : Fêtes du Quartier de la rue de Lille (voir les affiches spéciales). Les 11 et 12 Juillet à 15 heures, à l'Aérodrome de la Briquette : Fête organisée par le Club d'Aviation, extinction d'avions en feu au sol et en plein vol par Monsieur E. Béchard.

mardi 9 mai 2023

Quelle est cette famille de peintres qui n'a pas pris racine à Valenciennes ?

Valenciennes est une sous-préfecture depuis 1824. Parmi les personnages qui ont été nommés à cette fonction de représentation du gouvernement, figure de 1837 à 1840 un certain Tiburce Morisot (1806-1874). La sous-préfecture se situait alors place Verte, dans l’ancienne maison de Charles Lamoninary[1], l'intendant du Mont-de-Piété avant la Révolution.

Tiburce Morisot par Léonard-Georges Ardant du Masjambost, 1848
(image extraite du site pop.culture.gouv.fr)

Ce Tiburce est le descendant de toute une lignée de Tiburce : son père, Tiburce Morisot, était ébéniste à Champeaux (aujourd’hui en Seine-et-Marne) avant de devenir architecte-vérificateur des bâtiments de la couronne à Paris ; son grand-père, Tiburce Morisot, était maréchal-ferrant à Champeaux ; son arrière-grand-père, Tiburce Morisot, était également maréchal-ferrant à Champeaux. 

Notre Tiburce sous-préfet est né en 1806 à Paris ; il épouse, à Paris, le 6 avril 1836, mademoiselle Marie Joséphine Cornélie Thomas, elle aussi née à Paris (1819-1876). Cette demoiselle est une petite-nièce du peintre Fragonard (encore que cette parenté semble être une légende totalement inventée).

Son père, Jean Thomas, est un inspecteur des finances, officier de la Légion d’honneur, et son grand-père, Mathieu Thomas, est receveur de la Régie générale des aides.

Sa mère, Marie Caroline Mayniel, est une fille de Jean Mayniel, ingénieur des Ponts-et-Chaussées et chef de bataillon impérial du génie (il est mort en 1809 à Saragosse en Espagne), marié à Joséphine de Ménard qui était la fille d’un conseiller auditeur de la Cour des Comptes à Montpellier.

 

Madame Morisot et sa fille Edma, par Berthe Morisot, 1869
(image extraite du site rivagedeboheme.fr)

Quatre enfants vont naître de l’union du sous-préfet et de la petite-nièce de Fragonard.

Je commence par le dernier, Charles Tiburce Morisot (1845-1930), qu’on appelait Tiburce comme les autres ! Il fut « explorateur de l’Afrique de l’Est, chef du Cabinet du ministre des finances égyptiennes en 1882, secrétaire général de la Compagnie internationale des grands hôtels » énonce le site de la Cour des comptes (ccomptes.fr).

 

Album de portraits ayant appartenu à Edouard Manet
(image Gallica)


Trois filles ont précédé ce garçon, dont la plus célèbre est Berthe Morisot, née à Bourges en 1841, décédée à Paris en 1895. Tout le monde sait qu’elle fut mariée à Eugène Manet, le frère d’Edouard, et qu’elle eut une fille, Julie – laquelle épousa le peintre Ernest Rouart, ancêtre de l’écrivain et académicien Jean-Marie Rouart.

 

Berthe Morisot par Edouard Manet
(Wikipédia)


Eugène Manet par Berthe Morisot, 1875
(image extraite du site rivagedeboheme.fr)

Julie Manet par Berthe Morisot, 1894
(image extraite du site rivagedeboheme.fr)

Ernest Rouart le jour de son mariage, en 1900
(Wikipédia)

Mais les deux filles aînées sont nées à Valenciennes, s’il vous plaît.

Yves (oui, c’est une fille), née en 1838, épousa Théodore Gobillard, un Breton capitaine d’infanterie puis receveur particulier des finances. Ils eurent deux filles : Paule (1867-1946) qui fut peintre ; et Jeannie (1877-1970) qui épousa l’écrivain et académicien Paul Valéry.

 

Yves Morisot par Edgar Degas
(Wikipédia)

Paule Gobillard, autoportrait, 1887
(image extraite du site femmespeintres.be)

Madame Paul Valéry et son fils Claude, par Paule Gobillard, 1910
(image extraite du site femmespeintres.be)


Paul Valéry par Jacques-Emile Blanche, 1923
(image extraite du site histoire-image.org)

Edma Morisot, enfin, née à Valenciennes le 13 décembre 1839, fut peintre elle aussi, élève de Corot avec sa sœur Berthe. Elle épousa Adolphe Pontillon (1832-1894), capitaine de vaisseau et peintre, le couple vécut à Lorient. Jeanne Pontillon est née en 1870, Blanche Pontillon en 1871, leur frère Edme Pontillon en 1878.

 

Edma Pontillon et sa fille Blanche, par Berthe Morisot, 1873
(image extraite du site rivagedeboheme.fr)

Jeanne Pontillon par Berthe Morisot
(Wikipédia)

On l’aura compris, le lieu de naissance des deux filles aînées chez les Morisot fait partie des hasards de la vie. N’empêche qu’elles sont notées, toutes les deux, dans les registres valenciennois, donc elles sont définitivement d’ici. La preuve :


(Archives départementales du Nord)

(Archives départementales du Nord)

Et pour finir, voici un arbre généalogique des Morisot et alliés que j'ai dessiné pour que vous retrouviez un peu qui est cousin avec qui (et pas de Fragonard à l'horizon !) :

 



[1] Voir dans ce blog mon article « Quelle est cette vaisselle qui disparut à la Révolution ? » publié en février 2020.