jeudi 19 mars 2020

Qui est cette fille que le bourreau fit taire ?

Sous le règne de Philippe II d’Espagne, Valenciennes – qui faisait partie de ses territoires – connut des années particulièrement noires. 

Philippe II d'Espagne vers 1570
(image extraite du site fr.vikidia.org)
C’était l’époque de la Réforme : les idées de Calvin avaient fait beaucoup d’émules parmi la population ; suivie de la Contre-Réforme : le roi catholique n’entendait pas que ses sujets s’écartent du chemin tracé par le pape. Pour ce faire, il envoya en 1567 à Bruxelles l’épouvantable duc d’Albe, lui donnant carte blanche pour mettre de l’ordre parmi les ouailles. La carte blanche devint rouge sang, lorsque le duc créa le Conseil des troubles dont il semblait que l’unique mission était de faire tomber les têtes. A Valenciennes, sous la main de fer de Juan de Vargas Mexia, envoyé sur place par le duc d’Albe, tout le monde y passait, hérétiques et catholiques, sans distinguo. La population fut réduite de moitié !

Fernando Alvarez de Toledo y Pimentel,  duc d'Albe, gouverneur des Pays-Bas
(image extraite du site operaweetjes.nl)
Dans ce contexte, la chronique raconte l’histoire d’une jeune fille, tout juste sortie de l’adolescence et sur le point de prendre époux. Elle s’appelle Barbe Hollande, elle est calviniste. N’étant pas assez fortunée pour choisir l’exil vers des contrées moins sanguinaires, sa famille a appris à cacher sa religion et à suivre les rites catholiques avec une apparente piété pour échapper aux espions du duc d’Albe.
                       
Une scène de carnaval en 1560, par Brueghel l'Ancien
(image extraite du site fr.wikipedia.org)
Le mariage de la jeune Barbe est fixé au carnaval de l’an 1569, la bénédiction nuptiale devant être donnée le lundi 6 février. 

Notre-Dame de la Chaussée
Aquarelle de Simon Le Boucq, vers 1650
(image extraite du site patrimoine-numérique.ville-valenciennes.fr)
La veille, dimanche, elle se rend avec sa famille à l’église Notre-Dame de la Chaussée, sa paroisse, pour faire ses dévotions comme les bons catholiques. Confession, communion, dévotion. Barbe se recueille un instant, apparemment absorbée dans ses prières, lorsqu’un cri retentit dans l’église ! Un jeune enfant de chœur affirme qu’il a vu la jeune Barbe Hollande recracher l’hostie qu’elle venait de recevoir ! Une clameur indignée s’élève aussitôt, un tumulte épouvantable s’ensuit, la jeune fille est arrêtée, arrachée à sa famille et jetée au cachot.
Et il faut comprendre qu’elle sait tout de suite à quoi s’en tenir, elle sait qu’elle n’aura qu’un simulacre de procès, elle sait qu’elle sera condamnée à mort.
Et en effet, la sentence tombe sans se faire attendre : Barbe Hollande sera brûlée, après avoir été étranglée de la main du bourreau.

J'ai toujours vu Barbe Hollande comme une sorte de Juliette Montaigu
(ici sous les traits d'Olivia Hussey dans le film de Franco Zeffirelli en 1968)
Le jugement est exécuté le 10 mars 1569 sur la place d’Armes. On amène la jeune fille sur le lieu de son supplice, devant une assistance frappée de stupeur, silencieuse, sombre. Pour empêcher les condamnés de parler au public, on avait pris l’habitude de les bâillonner ; puis, comme le bâillon pouvait glisser au cours de l’exécution, on avait trouvé une autre méthode pour les faire taire, beaucoup plus cruelle : le bourreau attrapait la langue du supplicié entre deux petits crocs, et en brûlait le bout avec un fer chaud. Barbe Hollande, dix-sept ans, fut ainsi traitée. Puis elle subit la strangulation, et la crémation.
La chronique raconte que l’assistance, pourtant repue d’exécutions publiques depuis des mois et des mois, fut glacée d’horreur devant ce spectacle affreux.

Cette triste histoire fit l’objet d’un conte, intitulé « Nicaise ou l’enfant de chœur ». Vous le trouverez dans les « Contes de toutes les couleurs », tome V, édités en 1833, ou en cliquant ici.

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